Archives pour la catégorie Immigration

Dignity, Human Rights … and asylum seekers …

Français
Dignité, Droits de l'Homme... et réfugiés à Paris ?

Saturday, Porte de la Chapelle, Paris, solidarity with candidates for asylum and passage in the United Kingdom.

Some pictures.

Dignité, Droits de l'Homme... et réfugiés à Paris ?
Dignité, Droits de l'Homme... et réfugiés à Paris ?
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Dignité, Droits de l'Homme... et réfugiés à Paris ?
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« Anar » Weekend in Ménilmontant

En français

Saturday, May 6, 2017, as part of the Resistance Month organized by the City of Paris, the association 24 Août44 presented in the center Paris Anim ‘of the 19 ° (Place des Fêtes) a reading of testimonies From libertarian Spain to The exile, from 1936 to the present day, followed by the film, We must watch, a documentary by François Boutonnet built from archival images and testimonies of Jordi and José who knew children, war of Spain, the Retirada and the camps of exile. And who have rebuilt another life in the South of France, turned towards the future (1).
Recalling that the first Frenchmen who entered Paris on 24 August 44 were Spaniards … often anarchists!

Sunday, May 7, Place de Ménilmontant, some photos of the popular ball

 

Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant
Week-end à Ménilmontant

1 – Il nous faut regarder (Libres itinéraires d’exil de Jordi et José) Film of François Boutonnet, 52 minutes, Cinéma – 2010, DVD – 2011.

 

JUSTICE ET DIGNITÉ, manifestation

Suite aux violences policières, une manifestation Justice et Dignité était organisée de la place de la Nation à la place de la République à Paris, le dimanche 19 mars, à l’appel de nombreuses organisations.

La participation était plus importante que pour nombre de manifestations de ce type, avec beaucoup de jeunes, plus bigarrée qu’à l’ordinaire, même si les Asiatiques étaient absents.

J’ai quitté la manifestation avant la place de la République. Je n’ai pas assisté à la partie artistique qui se préparait et n’ai rien vu des incidents… que j’ai appris pas la radio.

Quelques images.

JUSTICE ET DIGNITE, manifestation
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JUSTICE ET DIGNITE, manifestationJUSTICE ET DIGNITE, manifestation
JUSTICE ET DIGNITE, manifestation
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Lors de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, au PSU, nous avions fait une banderole du même type  mais encore plus dure qui était affiché à l’arrivée à Montparnasse. Une chose a changé : à l’époque, les jeunes tués étaient, essentiellement d’origine maghrébine aujourd’hui, ils sont plus souvent d’origine subsaharienne.
Cela m’a rappelé que Sally N’Dongo m’avait dit, dans cette période, nous ne voulons pas que ce qui arrive aujourd’hui aux enfants maghrébins arrive un jour à nos enfants…

JUSTICE ET DIGNITE, manifestation
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L’identité est un projet politique

L’identité est un projet politique

Les prochaines élections se feront en partie sur la notion d’identité nationale, de défense de l’identité nationale. Thème, depuis des années, de l’extrême droite et de la droite, sur lequel la gauche n’apporte pas de contribution satisfaisante.

Le débat sur l’identité nationale.
La première contribution est simple. Il suffit que l’extrême droite dise l’Angleterre est une île, pour entraîner une réponse fulgurante, l’Angleterre n’est pas une île ! Cette fausse réponse n’a pas plus d’effet sur la montée de l’extrême droite et de ses idées que sur les moyens de communication entre le continent et les Îles britanniques.

Répondre à une question en la niant. Malheureusement, la droite martèle sa réponse et, comme aucune réponse claire ne vient de la gauche, la seule entendue, de droite, devient l’évidente vérité.

En suivant cette voie, certains croient résoudre le problème en affirmant : l’identité nationale, ça n’existe pas. Parce que l’identité n’existe pas. Parce que la nation n’existe pas. Ce ne sont que des constructions historiques. Déconstruire, disent-ils, et l’identité et la nation. Sans rien proposer de positif. Par de longs articles et de gros livres qui n’atteignent en rien le cœur qu’ils visent : le sentiment national reste intact dans la grande masse des gens. Peut-être même quelquefois, négligé, brocardé, ce sentiment national en est-il exacerbé.

De façon triviale, il suffit de voir l’augmentation du nombre de licenciés dans tel sport, hier pratiquement inconnu, à la suite des succès de l’équipe nationale ou l’audience des reportages télévisées lors des grands matches d’une équipe nationale… Bien entendu, cela n’a rien à voir avec le sentiment national, avec l’identité nationale, c’est seulement l’amour du sport… Il suffit de ne pas mettre de réunion politique ces jours là…

Emmanuel Macron, et-gauche-et-droite, a prononcé, le 10 janvier à Berlin, un discours entièrement en anglais, par facilité et pour que nous nous comprenions sur la relation franco-allemande et le futur de l’Union européenne. Il a affirmé, la culture française n’existe pas, le 5 février à Lyon, l’art français, je ne l’ai jamais vu, le 21 février à Londres. Emmanuel Macron est candidat à la présidence de la République française ? L’a-t-il vue ? Existe-t-elle ? A-t-elle besoin d’un président ? Ce n’est, après tout, qu’une construction historique !

L’identité est un projet politique

Identité nationale et immigration
Ce débat sur l’identité nationale se double de celui sur l’immigration. Sur l’immigration et l’identité nationale, l’immigration comme danger pour l’identité nationale (1).

La réponse de la gauche à cette mise en question de l’identité nationale par l’immigration suit la rhétorique bien connue : la vieille casserole trouée que tu ne m’as jamais prêtée, je te l’ai rendue neuve. L’identité nationale n’existe pas et voyez comment l’immigration, qui ne touche en rien à l’identité nationale, a participé et participe à son enrichissement, à son rayonnement depuis Marie Curie jusqu’à Zinedine Zidane, l’équipe black-blanc-beur et le couscous.

Il est évident que l’immigration a une relation avec l’identité nationale. De même que Europe ou la mondialisation. Et que l’identité nationale a été, est et sera modifiée par l’immigration, par l’Europe et la mondialisation. En bien et en mal. Cela dépend beaucoup de comment ces questions sont traitées à l’intérieur. L’identité nationale d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. Ou plutôt, c’est celle d’hier modifiée par de multiples contacts avec le monde dont l’immigration, l’Europe, la mondialisation...
Car l’identité nationale n’est pas définie
scientifiquement. Ni pour l’éternité. Elle évolue en fonction des faits historiques. De leur interprétation. De l’image de la France qui est renvoyée de l’extérieur.

L’identité nationale inclut, parfois de manière conflictuelle, les multiples appartenances individuelles et collectives qui, finalement, la constituent : identités régionales, professionnelles, religieuses, linguistiques, sociales, ethno-raciales… Elle peut être niée, refusée par des individus ou des communautés tout en y participant, volontairement ou non (2).

L’histoire française, comme l’histoire de tout pays, il n’y a pas de pays élu, est aussi riche de choses admirables que de choses épouvantables. C’est un bloc dans lequel il est nécessaire de faire le tri. Mais dont les cotés positifs ou négatifs imprègnent tout le monde, différemment. Il n’est pas possible d’effacer totalement l’Histoire mais on peut la relire en fonction de ce que l’on en sait à un moment donné, des questions qui se posent, de l’avenir qu’on envisage…
L’identité nationale n’est pas donnée, n’est pas achevée. Elle n’est pas totalement homogène. Elle contient des contradictions. Et à partir de ces contradictions, elle est toujours en construction. C’est la volonté de construire un avenir en s’appuyant sur les faits historiques qui sont porteurs de tel avenir. C‘est un projet politique.

L’identité est un projet politique

L’anti-France
Évidemment, chacun peut avoir des idées différentes de l’identité nationale, des valeurs qui la fondent : officiellement, les valeurs qui fondent l’identité nationale sont Liberté, Égalité, Fraternité. Ce sont des valeurs inclusives. Valables pour tous. Inscrites dans la Constitution, sur les frontispices.
Cela ne veut pas dire
qu’elles sont correctement appliquées mais que chacun peut s’en réclamer. Cela ne veut pas dire qu’elles sont pleinement reconnues par tous. Elles sont combattues par certains.

Léon Daudet, en 1918 : Il faut qu’on le dise : l’affaire du traître Dreyfus a eu comme premier résultat une première invasion, la formation chez nous d’une anti-France.
Charles Maurras parle des quatre États confédérés, protestants, juifs, francs-maçons et métèques.
Le régime de Vichy s’identifie à Travail, Famille, Patrie et le communiste, le juif, le franc-maçon et l’étranger sont les forces de l’Anti-France. Aujourd’hui encore, les intégristes catholiques interprètent ainsi l’avènement de la France moderne comme le triomphe du complot mené par l’Anti-France constituée par les « juifs, protestants, métèques et franc-maçons » contre la chrétienté (3).
Pendant la guerre d’Algérie, ceux qui luttaient contre cette guerre et contre le colonialisme français étaient aussi qualifiés d’anti-France. Voici que maintenant, pour un candidat à la présidence de la République, la colonisation française est un crime contre l’humanité ! (4)

La droite reproche aux bien-pensants d’enfermer les Français, en permanence, dans la culpabilisation et la repentance. Elle exige que l’on regarde, que l’on enseigne l’Histoire de France comme un roman national, l’excellence incarnée : My country, right or wrong ! Bon ou mauvais, mon pays !
Contre certaines vérités dérangeantes. Comme des familles vivent sur un secret malheureux qui les marque perpétuellement. La France officielle n’a pas toujours été du bon coté. N’a pas toujours appliqué les principes qu’elle proclame. Et quand son gouvernement a fait un choix pour le moins discutable, il y a toujours eu, heureusement, des Français, plus ou moins connus, plus ou moins nombreux, pour ne pas le suivre et choisir l’anti-France.

Le plus célèbre hérétique, dans l’histoire moderne, est le général De Gaulle, avec bien d’autres, en France, à Londres ou ailleurs, minoritaires, condamnés par le gouvernement officiel de la France, qui ont refusé de suivre le maréchal Pétain, dans l’armistice et la collaboration. Tous les deux, Pétain et De Gaulle, ont été au pouvoir avec l’aide d’armées étrangères, le premier avec l’aide de l’armée allemande nazie et des collaborateurs, le second avec celle des armées alliées et des Résistants.
Tout le monde aujourd’hui se glorifie, officiellement, de l’appel du 18 juin, de la Résistance, de la République restaurée… Tout est bien qui finit bien !

La colonisation, elle, n’a pas bien fini ! Elle n’est pas encore finie dans touts les têtes.
Si dans un premier temps, le jeune Jean Jaurès pensait comme Jules Ferry que les peuples supérieurs ont le droit et même le devoir de civiliser les peuples inférieurs. Peut-être pensait-il que la colonisation allait leur apporter, de façon un peu forcée, dévoyée, l’universalisme français, Liberté, Égalité, Fraternité… Il ne tarda pas à comprendre : La politique coloniale […] est la conséquence la plus déplorable du régime capitaliste, […] qui est obligé de se créer au loin, par la conquête et la violence, des débouchés nouveaux. Et, paroles prémonitoires ? Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d’exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l’islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ? »(5).
Est-ce ce Jean Jaurès que Nicolas Sarkozy voulait récupérer ?

De même, Georges Clemenceau répond à Jules Ferry : Non, il n’y a pas de droits de nations dites supérieures contre les nations dites inférieures ; il y a la lutte pour la vie, qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation, nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit ; mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation ; ne parlons pas de droit, de devoir ! La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires, pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit : c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence l’hypocrisie (6).

C’est le même général De Gaulle qui a refusé d’approuver la signature de l’armistice quand la France était militairement vaincue, qui signe la fin de la guerre d’Algérie alors qu’elle ne l’était pas. Mettant fin à l’empire colonial qui avait survécu, en partie grâce à lui, à la seconde guerre mondiale !

Le général De Gaulle a su transformer le récit national, recréer l’unité nationale, revivifier l’identité nationale, en faisant de la guerre de 1940-45 une victoire française grâce à la résistance intérieure et extérieure, en oubliant, en intégrant ceux qui avaient été du mauvais coté. Ce qu’il a su faire après la Seconde guerre mondiale qui avait pourtant profondément divisé les Français, il ne l’a pas réussie avec la décolonisation, après l’indépendance de l’Algérie.

L’identité est un projet politique

Esclavage et traite des Noirs
La droite veut gommer l’esclavage et la traite des Noirs. Il est impossible d’oublier que l’État a souvent, pas toujours, soutenu l’esclavage ou la traite dont certains ont tiré de gros profits. Il faut dire clairement qui a favorisé, entretenu, tiré bénéfice de l’esclavage et de la traite. Et qui n’y est pour rien et qui l’a combattue.

Louis X dans un édit de 1315, le sol de France affranchit l’esclave qui le touche. Louis XIII autorise la traite en 1642 et surtout le grand Louis XIV l’organise, fonde la Compagnie du Sénégal pour fournir des esclaves à Saint-Domingue. Il promulgue en 1685 le fameux Code noir qui range l’esclave au rang de meuble qui peut être vendu ou transmis par héritage. L’autorisation de la traite permet de faire librement le commerce des nègres. Le profitable commerce triangulaire : plus de 3300 expéditions négrières à partir des ports français.

Tout le monde, en France, n’est pas responsable de la traite et de l’esclavage. On connaît le vœu de Champagney, un de ces villages qui, dans son cahier de doléances de 1789, demande l’abolition de l’esclavage. D’autres cahiers contiennent des revendications équivalentes. En 1788, est fondée la Société des amis des Noirs, pour l’égalité, l’abolition de la traite et de l’esclavage, présidée par Jacques Pierre Brissot et Étienne Clavière puis par Condorcet et Jérôme Pétion de Villeneuve.
L’esclavage est aboli en 1794… La France
est le premier pays à abolir l’esclavage dans ses colonies… rétabli en 1802 par Napoléon Bonaparte… et heureusement aboli à nouveau en 1848. Cette abolition est alors inscrite dans la Constitution (7).

Si la notion de crime contre l’humanité n’est entrée dans le droit positif qu’en 1945, lors du procès de Nuremberg pour juger le nazisme, Patrick Weil rappelle… en 1848, le décret qui abolit l’esclavage le déclare déjà « crime de lèse-humanité » et prévoit la déchéance de nationalité pour tout Français qui se livrerait à la traite ou achèterait un esclave. Il ne faisait que reprendre le dispositif voté en 1794. La République française a donc été la première à inscrire le concept de crime contre l’humanité dans son droit appliqué à l’esclavage. Toute cette histoire, liée à nos colonies, fait partie intégrante de l’histoire de France. Il faut l’enseigner, ce qui permet de faire une histoire commune qui parle à tous les Français (8).
Le pape François a repris, récemment, le terme de lèse-humanité dans un message du 8 décembre 2014. Aujourd’hui, suite à une évolution positive de la conscience de l’humanité, l’esclavage, crime de lèse- humanité, a été formellement aboli dans le monde. Le droit de chaque personne à ne pas être tenue en état d’esclavage ou de servitude a été reconnu dans le droit international comme norme contraignante (9)..

Cette brève histoire de l’abolition de l’esclavage et de la traite, qui ne rappelle pas les multiples révoltes des intéressés dans les territoires français, avec notamment, Le Noir des Lumières, Toussaint Louverture (10), montre bien qu’il n’est pas possible d’en faire porter la responsabilité à tout le monde et qu’elle mériterait d’être enseignée dans les écoles. Tous les Français, encore moins les contemporaine, ne sont pas responsables de l’esclavage et de la traite mais tous méritent de savoir. Il y a eu l’esclavage et la traite, et des opposants, cela fait partie de l’Histoire de France.

On peut rappeler et raconter cette histoire sans haine et sans fausse culpabilisation. Comme l’a fait la commune de Champagney en érigeant un mémorial de l’esclavage, la Maison de la Négritude et des Droits de l’Homme en 1971 ou la ville Nantes avec le Mémorial de l’abolition de l’esclavage d’Europe ouvert en 2012. Alors que Nantes est le port le plus important de la traite négrière, du commerce triangulaire, responsable du transport de 450 000 Noirs, soit 42 % de la traite française du XVIII°siècle… qui ne finira qu’en 1831 malgré les interdictions. Nantes lui doit théâtre, bourse, places, hôtels particuliers, folies.
Il est possible d’échapper au roman national[de Nicolas Sarkozy] pas forcément la vérité historique dans son détail ( vous avez dit détail ? 430 000 Noirs déportés par les navires français ?) et le remplacer par un récit historique. Il n’est pas question de faire croire, accusation de Dimitri Casali, que les Français ont tous été d’horribles esclavagistes au XVIIIe siècle, d’infâmes colonisateurs au XIXe siècle et uniquement des collabos au XXe siècle… (11). Ni de dire que l’histoire de France est une large avenue pavée de roses. Seulement rétablir les faits dans leur complexité.

Il a fallu attendre 1995, 50 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour que Jacques Chirac, président de la République, reconnaisse la responsabilité de l’État français dans la déportation et l’anéantissement de près de 76 000 juifs de France. Les mots de Jacques Chirac, la reconnaissance de la responsabilité de l’État français ne sont pas une atteinte à l’identité de la France, bien au contraire : Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire et l’idée que l’on se fait de son pays… Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français. Ce qui est une atteinte à l’identité de la France, ce sont les faits. La négation des faits. La non-reconnaissance des faits. Tout de qui donne à penser qu’il existe toujours une solidarité de la France, du gouvernement de la France avec ceux qui ont commis de telles actions.
D’autres Français ont commis le crime de solidarité avec les juifs pourchassés pendant l’occupation, car c’était un crime, dangereux pour ceux qui se sont alors engagés. Aujourd’hui, ils sont reconnus comme des justes parmi les nations.
Sans pousser la comparaison trop loin, les risques ne sont pas les mêmes, aujourd’hui, la solidarité avec les sans papiers est un délit. Comment seront perçus demain ces actes de solidarité ?

L’identité est un projet politique

Alors qui défend l’identité nationale ? Qui est l’anti-France ?
Les dreyfusards ou les anti-dreyfusards ? Les résistants ou les collaborateurs ? Les anticolonialistes ou les colonialistes ? Tout dépend, évidemment, de l’idée qu’on se fait de la France, de l’identité nationale, du projet politique que l’on a pour la France. L’identité nationale dans chaque période, douloureuse ou non, dépend de choix politiques. Elle guide, elle est construite, à chaque instant, par des choix politiques. Elle est la charpente d’une certaine continuité.

A travers ces quelques exemples, on voit qu’il est possible de tenir un autre langage que le déni de vérité ou la culpabilisation de tout le monde. De reconnaître les faits dans leur complexité, leur contexte. Et, peut-être, permettre à chacun de mieux se situer dans cette Histoire de France.

Les risques de l’identité nationale
L’identité nationale n’est pas faite seulement de valeurs proclamées, imparfaitement assumées, même si elle sont officielles. C’est aussi la langue, la culture, la grandeur passée, contestée aujourd’hui, grandeur en partie liée à des guerres, à des conquêtes coloniales, aux anciens empires. Le poids de l’histoire politique que tout le monde ne lit pas de la même façon. Lectures contradictoires, obscurément mêlées.
Et de l’image renvoyée par les regards extérieurs . La France, c’est alors la Tour Eiffel, Zinedine Zidane… De Gaulle, les philosophes du XVIII° siècle, les Lumières et la Révolution, le pays qui a inventé les Droits de l’Homme et du Citoyen, non le pays des droits de l’Homme car il ne les respecte pas toujours, ni dedans, ni dehors…

Un risque important pour tout pays est de proclamer son identité nationale comme supérieure à toutes les autres et d’entraîner vers le nationalisme et l’affrontement avec les autres nations.
Ce risque est important pour la France. Parce que l’identité nationale s’appuie, pour les uns sur la nostalgie d’une grandeur passée, pour les autres sur des valeurs à prétention universelle. Qui ont pu être dévoyées pour justifier des aventures extérieures, mélangeant vrai nationalisme et faux universalisme : exporter militairement les Droits de l’Homme ou civiliser les races inférieures.
Dans tous les cas, il ne s’agissait pas de faire le bonheur des peuples, contre leur volonté, mais de s’assurer d’avantages économiques, de débouchés et de sources de matières premières. Comme le disaient à leur époque et Jean Jaurès et Georges Clemenceau.

Ce qui est un danger pour l’identité nationale, plus que l’immigration elle-même, c’est la manière dont elle est traitée, c’est la contradiction lancinante entre les textes sacrés et les paroles, les actes de ceux qui gouvernent ! La manière dont est conduit le débat sur l’immigration, les réfugiés, les sans papiers, la nationalité. Faute d’un avenir solidaire pour tous, proposer à ceux qui souffrent un exutoire illusoire contre ceux qui sont encore plus démunis. Remplacer les clivages sociaux, par des clivages raciaux. La lutte des classes par la lutte des races.

Les populations défavorisées ont toujours été concentrées dans des banlieues, des quartiers stigmatisés : hier, banlieues ouvrières, contestation sociale, politique incarnée par le PCF, de ce fait appelées banlieues rouges ; aujourd’hui qualifiées par l’origine des habitants et non par leur statut social et stigmatisés comme banlieues ou quartiers immigrés.

On aimerait entendre des voix politiques plus fortes pour unir ceux qui souffrent plutôt que les diviser. Quelles que soient leurs origines. S’inspirer du passé pour préparer l’avenir et réunir autour des principes fondamentaux les enfants de ceux qui, hier, ont pu être sur des positions différentes mais qui, aujourd’hui, doivent se retrouver dans la lutte pour l’égalité, la solidarité.

En 1983, à la suite d’une flambée de crimes racistes, des jeunes de la banlieue de Lyon ont lancé la Marche contre le racisme et pour l’égalité, revendication politico-sociale transformée par la presse en Marche des beurs ! Marche ethnique. Communautaire ?
Reçus à l’Élysée par le président Mitterrand, les marcheurs obtiennent la carte unique, valable 10 ans, renouvelable automatiquement, pour les résidents étrangers alors qu’ils étaient conduits par Toumi Djaïdja, français, fils de harki, qui n’avait pas besoin de cette carte. Ils s’étaient réunis, quel que soit le parcours de leurs parents, dans une revendication de dignité, d’égalité plus que de contestation.
Ce titre de résident a été démantelé progressivement dans les années suivantes, par les gouvernements successifs.

L’identité est un projet politique

Comment faire adopter et croire à des principes affichés quand ils sont bafoués, tous les jours, ouvertement ? Les jeunes chanteront peut être La Marseillaise mais que pensent-ils quand ils sont victimes de plaisanteries douteuses, du plafond de verre, des contrôles au faciès. Quand les auteurs de bavures s’en tirent toujours avec un non lieu ? On ne peut pas mettre tous les policiers dans le même sac : tous ne sont pas des baveurs. On ne peut pas mettre tous les députés dans le même sac : tous ne font pas profiter leur famille d’emplois fictifs ! Pourquoi tous les jeunes sont-ils mis si facilement sur le même plan ?

Une lecture dépassionnée de l’Histoire est nécessaire pour former le citoyen moderne qui ne peut être étroitement nationaliste mais qui, fort d’une ouverture compréhensive du passé national, sera mieux armé pour comprendre sa place en Europe et au Monde.

Malgré les déclarations stigmatisantes, répétées depuis des dizaines d’années, contre l’immigration non seulement par la droite et l’extrême droite mais aussi par de nombreux politiciens de gauche, il faut remarquer la résistance, la tolérance du peuple français. Il faut remarquer les sondages sur les personnalités les plus populaires, les plus aimées des Français, les résultats favorables au droit de vote des résidents étrangers.

L’absence d’agressions irréparables qui auraient pu passer comme des actes de vengeance, d’une partie de la population sur une autre à la suite des attentats (12).
La population résiste à ceux qui voudraient réserver la solidarité nationale aux seuls Français. A ceux qui voudraient l’entraîner dans une bataille des civilisations.
Exclure certains de la solidarité nationale, c’est pousser à la recherche de solidarités subsidiaires, c’est pousser à des regroupements communautaires. Qui ont toujours existé de façon temporaire mais qui disparaissent dés que la solidarité institutionnelle répond aux besoins.
C
e pays est plus riche que jamais mais la politique d’austérité creuse de plus en plus les inégalités et encourage la concurrence entre les plus défavorisés. Il faut faire l’unité contre l’austérité, contre les inégalités.

Il faudrait aller plus loin, trouver les mot pour parler à la raison mais aussi au cœur. On voit bien que, malgré le climat anti-immigrés, anti-réfugiés, sans aucun appui d’aucun parti national, de nombreux actes de solidarité s’organisent ici et là pour aider ou accueillir.

Un simple coup d’œil sur la presse permet de voir que les élus ne sont pas à la hauteur du peuple ! Ils se préoccupent plus de la montée de l’extrême droite dans les sondages que de la situation qui fait que des citoyens en arrivent à voter pour elle. Ils voient que d’autres enfreignent la loi par solidarité mais ils sont incapables de prendre les mesures, de prononcer les mots qu’il faudrait pour réintégrer tous ceux qui se sentent exclus.

L’identité est un projet politique

1 – Le Musée de l’histoire de l’immigration a été ouvert en 2007, il n’a été inauguré qu’en 2014… enthousiasme.

2 – Quand je suis parti en coopération en Algérie, en 1964, je disais je ne suis pas français, je suis socialiste (pas à la manière SFIO). J’ai rapidement changé d’idée et j’ai alors dit, je suis socialiste français.

3 – https://fr.wiktionary.org/wiki/anti-France

4 – L’Allemagne a édifié un centre de documentation sur le nazisme, inauguré, en présence de la ministre fédérale de la Culture, de vétérans américains et de survivants de l’Holocauste, sur le site de l’ancien QG du parti nazi à Munich, le 30 avril 2015, jour anniversaire de la libération de la capitale bavaroise par les troupes américaines et du suicide de Hitler, dans son bunker berlinois (Le Figaro 30/04/2015). Y-aura-t-il un jour, en France, un centre de documentation sur le colonialisme français ?

5 – http://www.jaures.eu/syntheses/jaures-et-le-colonialisme/

6 – http://www.lecanardrépublicain.net/spip.php?article31

7 – http://dp.mariottini.free.fr/esclavage/france-negriere/france-negriere.htm

8 – Alter éco septembre 2015

9 – http://www.hommenouveau.fr/1141/rome/l-esclavage-un-crime-de-lese-humanite.htm

10 – https://www.herodote.net/Toussaint_Louverture_1743_1803_-synthese-403.php

11 – Le Figaro Vox, 20/09/16

12 – Rachid Benzine Politis 13/10/16

L’identité est un projet politique

La gauche de la désespérance

La gauche de la désespérance

La situation n’est pas désespérée, elle est désespérante. Quand on voit la gauche désorientée, dispersée, à quelques mois des élections présidentielle et législatives de 2017. Ce serait risible s’il ne s’agissait que des perspectives électorales. Mais il s’agit de beaucoup plus grave.

Depuis plus de trente ans, la gauche gouvernementale n’a rien à offrir aux couches populaires, aucune perspective de changement, elle nie la réalité, a abandonné ses principes et l’utopie. Elle s’est convertie à l’idéologie dominante.

Malheureusement, cela ne touche pas que la gauche française.

Depuis des années, loin d’une réflexion concrète sur une situation concrète, une bonne partie de la gauche et de l’extrême gauche française s’est attachée à des mythes mortifères. Elle n’a cessé de proclamer, « il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun » mais a brandi, simultanément ou successivement, suivant ses multiples chapelles, les portraits de Lénine, Staline, Mao, Castro, Guevara ou de tel éphémère dictateur, de gauche bien sûr.

Ces mythes se sont effondrés l’un après l’autre.

Tous les pays dits communistes ont évolué vers des régimes autoritaires avec le soutien des partis frères dans les pays démocratiques dont le PCF.
Les socialistes, de la SFIO au PS, et les gouvernements socialistes ont soutenu et soutiennent, jusqu’à l’acharnement, le colonialisme et le néocolonialisme français et ont évolué, après les autres partis socialistes ou social-démocrates, vers le libéralisme.
Aujourd’hui, se dire communiste ou socialiste est, plutôt, un handicap, un repoussoir, ces mots rappellent un passé négatif, douloureux et ne donne pas une image d’avenir, d’espoir, d’utopie.

La gauche de la désespérance

La gauche a longtemps dénigré les libertés bourgeoises, formelles, dont s’est emparée la droite qui, sans l’égalité, sans la solidarité, l’a promue, en France et dans le monde, en liberté de l’entreprise, liberté d’enrichissement, liberté du marché, liberté de circulation des marchandises et des capitaux ce qui a finalement abouti au libéralisme financier.

La Révolution de 1789 et la laïcité de 1905 avaient réduit les contraintes au niveau politique et religieux, et permis une démocratie, imparfaite certes. La faiblesse de la gauche nationale et internationale a ouvert la voie aux contraintes du marché dans tous les secteurs de la vie : la politique, sommes consacrées aux élections, groupes de pression, conflits d’intérêt ; la production avec l’alignement sur le moins disant social ; la consommation conditionnée par la publicité ; la santé et le programme de François Fillon sur la sécurité sociale et les assurances privées annonce la prochaine étape… Sans empêcher le retour du religieux.

Ce libéralisme déchaîné se traduit par une augmentation des inégalités de revenus. Ici et ailleurs.

La droite extrême, conduite par des nostalgiques de l’Algérie française et de l’Empire, suivie par d’autres, s’est emparée de la lutte pour l’égalité pour tous et en fait une revendication discriminante. Suscitant des divisions et oppositions dans la population, en fonction de la nationalité, de la couleur de la peau, de la religion, au profit de ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique. Le patronat, les propriétaires du Cac 40 (1) comme l’argent, n’ont pas de couleur. Dévoyant la lutte des classes en lutte des races. Emportant, par la même occasion, la fraternité et la solidarité réservées, en paroles, aux seuls Français conformes à leur vision, aux seuls Français qui leur ressemblent… tout en les restreignant beaucoup dans la pratique : chasse aux abus sociaux, aux faux chômeurs, aux faux malades…

Cette façon de donner une dignité aux personnes des classes sociales défavorisées en désignant d’autres plus défavorisés, non comme d’égales victimes mais comme des responsables, ne peut que sauvegarder l’impunité des vrais coupables. C’est seulement par la revendication et l’application de l’égalité pour tous que pourra se construire le vivre ensemble et une société nouvelle.

Incapable de contrer l’inégalitarisme triomphant, la gauche de gouvernement a abandonné les couches les plus défavorisées.
Croyant les populations d’origine immigrée définitivement acquises devant la politique et les déclarations outrancières de la droite extrême, la gauche de gouvernement a oublié que des Français – quelquefois de moins fraîche date que d’anciens président de la République ou Premiers ministres aux mots malheureux… – pouvaient être touchés par des déclarations, proches de celles de la droite, et stigmatisés par certaines mesures : contrôles au faciès, proposition d’inscrire dans la Constitution la déchéance de la nationalité… (2)

Au delà, la gauche n’a pas assuré l’égal accès de tous à l’école, à l’emploi, l’égalité entre femmes et hommes, notamment au niveau des salaires ou de l’emploi…

La gauche a voulu remplacer la lutte pour l’égalité sociale par la lutte pour l’égalité sociétale, vers une plus grande liberté des individus. Elle ne s’adressait pas à la même population. Certaines de ces mesures – reconnaissance de la diversité d’orientation sexuelle, accès de tous au mariage et à l’adoption… – heurtait profondément de larges pans des classes sociales défavorisées ou non. Elle a cru qu’elle pouvait s’en tirer en parlant simplement, et avec mépris, de « catholiques zombies ». Alors qu’il aurait fallu une importante campagne d’explication et incorporer le mariage pour tous à une vision générale de libération individuelle et collective.

De même, il n’est pas possible, quand on se bat pour l’égalité pour tous, de se « contenter » d’avancer, d’appuyer de justes revendications en laissant le champ libre à la droite et à l’extrême droite qui défendent une égalité discriminante. La gauche qui défend des causes justes, égalité Français-immigrés, lutte contre les actes raciste, défense de la laïcité, ne sait pas s’adresser à tous pour faire comprendre qu’il s’agit d’un intérêt commun. Elle n’a que des réponses défensives face à ceux qui essayaient de monter les uns contre les autres, au bénéfice de leur ennemi commun. Elle ne sait pas montrer que la discrimination ne sert qu’à hiérarchiser les défavorisés pour engager une partie de la population dans l’exploitation de plus faibles. Elle ne sait jouer que de la culpabilité des blancs, racistes et colonialistes, là où il faudrait les convaincre par le cœur et faire naître l’enthousiasme pour une lutte collective, unitaire contre ceux qui tirent les bénéfices de ces divisions.

Car le peuple résiste au racisme que certains politiques distillent quotidiennement. Malgré plus de 20 ans de déclarations de « voix autorisées » contre les personnes immigrées, depuis 1999, autour de 50 % des sondés est favorable au droit de vote des résidents étrangers non communautaires aux élections municipales et européennes ; la Commission nationale de défense des droits de l’homme a constaté récemment que, malgré les attentats, les Français sont plus tolérants ; lorsque l’État répartit les réfugiés du Proche-Orient dans différentes communes de l’hexagone, ils sont plutôt bien accueillis s’il n’existe pas de cabale d’extrême droite pour prêcher l’intolérance et le rejet…

Il ne faut pas renforcer la division, l’intolérance, la discrimination instillée par la droite et l’extrême droite par le mépris et la culpabilisation de tous ceux qu’elles trompent mais faire appel à la justice, à la générosité, au cœur des gens pour promouvoir une unité populaire qui ne peut qu’être bénéfique à tous.

C’est la politique suivie depuis des dizaines d’années qu’il faut combattre, cette politique qui, dans un pays plus riche que jamais, voit augmenter, chaque jour, le nombre de pauvres et même de travailleurs pauvres !

La liberté sans l’égalité des droits pour tous, c’est la jungle. C’est la loi du plus fort. C’est ce qui se passe sous nos yeux : des riches de plus en plus riches, des pauvres de plus en plus nombreux. Liberté et égalité pour tous est la seule façon de construire, ensemble, la société de demain.

La gauche de la désespéranceLa gauche de la désespéranceLa gauche de la désespérance

1 – La rémunération moyenne totale des présidents exécutifs du Cac40 a ainsi connu une « inflation historique » de 18 % en 2015, pour atteindre 5 millions d’euros.

2 les lois sur l’attribution, l’acquisition ou la déchéance de la nationalité n’ont jamais été, en France, des lois constitutionnelles !

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

Soy Nero,
les frontières de la mondialisation

Nero est un jeune latino qui veut revenir aux États-Unis où il a vécu une partie de son enfance avant d’en être expulsé. Rejeté par un pays auquel il estime et veut appartenir, il y revient avec l’intention de s’engager dans l’armée pendant deux ans pour obtenir la green card (1) qui lui permettrait d’obtenir la nationalité étasunienne, faisant de lui un Green Card Soldier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

Ce film se déroule en trois actes.

Retrouver son frère à Los Angeles. Pour cela, il doit franchir la frontière mexicano-étasunienne : ce qu’il fait de façon relativement aisée, un soir de Nouvel an, pendant le feu d’artifice au nez et à la barbe des gardes frontières (2).
Ayant retrouvé l’adresse de son frère, Jesus, qui habite à Beverly Hills, il y arrive, emmené et entravé par la police qui l’a contrôlé sans papier. Il ne pourra cependant entrer dans cette villa hollywoodienne où son frère règne, de façon très temporaire, qu’en escaladant le portail, après le départ de la police. Le franchissement de cette deuxième barrière symbolique, frontière sociale qui fait aussi partir de son rêve qui n’est pas que d’être citoyen, est aussi illusoire que le premier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

La morne attente.

Devenu militaire, il se retrouve avec son groupe comme garde-frontière, du bon coté cette fois : au bout d’une route, dans un milieu désertique, quelque part au Proche-Orient ou ailleurs. Où l’ennui est coupé par les rares véhicules, toujours potentiellement dangereux, qui se présentent au contrôle. Et les discussions entre militaires d’origines diverses.

La longue marche vers…

Jusqu’au ,jour où le danger se concrétise et où il repart, rapidement seul dans le désert, pour retrouver ses frères d’arme qui le reçoivent avec le même comportement, les mêmes questions, les mêmes gestes que les policiers de Los Angeles. Il n’a pas franchi la dernière barrière, il reste un Green Card Soldier et se retrouve seul avec son arme, dans le désert.
En pleine mondialisation (3), le jeune Nero ne rencontre pas seulement des barrières physiques, toujours franchissables, mais aussi les barrières humaines.
Son frère, Jesus, muni de faux-papiers, profite de l’envers du décor et l’avertit combien c’est de la folie de vouloir être un Green Card Soldier. Ce que d’autres ont payé très cher : il lui rappelle qu’une de leurs connaissances a perdu un bras et Nero répond : oui, mais il est un citoyen des Etats-Unis !. Une séquence montre la remise d’un drapeau des États-Unis à la famille d’un soldat mort pour la patrie, et le film est dédié à tous ceux qui se sont engagés et n’ont jamais obtenu la Green Card ou ont été expulsés. Le rêve de l’intégration au prix de la vie…

Au poste frontière, il se retrouve avec deux Africains-Américains qui se disputent sur les mérites respectifs des musiciens des années 1990 de la côte est et de la côte ouest… L’un d’eux lui rappelle de façon appuyée sa supériorité car lui est américain. Et pour couronner le tout, il y a un arabe dans le groupe !!!

Quant aux vrais américains qu’il rencontre, ils ont quelques problèmes…
Le garagiste chez qui son frère travaillait, l’expulse vigoureusement.
L’automibiliste qui le prend en stop, ancien militaire, père attentif, avec une arme factice dans la boite à gants, s’arrête devant un énorme champ d’éoliennes dont il dit qu’elles marchent au gaz, polluent et sont orientées non en fonction du vent mais pour dominer le monde !
Le chef du groupe frontière qui ne dit mot, n’intervient que pour faire cesser le comportement idiot d’un de ses subordonnés face à une voiture familiale qui passe le poste. Et va au devant d’une mort certaine en s’exposant aux tirs ennemis…
Et les militaires vers les quels il se précipite avec l’espoir d’être sauvé, enfin reconnu comme un des leurs, se comportent comme les policiers qui l’ont interpellé quand il était sans papier, lui posent les mêmes questions et abandonnent finalement le Green Card Soldier, seul avec son arme dans le désert…

A son désir d’appartenance qui va jusqu’à l’engagement dans une guerre qui n’est pas la sienne, la réponse est le rejet, l’expulsion… Seul, dans le désert, que va-t-il faire de son arme ?

1 – La carte de résident permanent… document d’identification émis par le département d’État américain. Il permet aux citoyens non-américains de s’installer et de travailler légalement aux États-Unis sans besoin de visa. Les droits et devoirs des porteurs de la carte sont en tous points identiques à ceux d’un citoyen américain à l’exception du droit de vote et de servir comme juré… (Wikipedia).

2 – Le réalisateur s’est inspiré du récit d’un soldat guatémaltèque, le premier Green Card Soldier, qui a traversé la frontière au même endroit, un soir du Nouvel An, et qui est mort en Afghanistan.

3 – Ce film est une production germano-franco-mexicaine, sur un scénario écrit conjointement par un Roumain (Razvan Radulescu) et le réalisateur Rafi Pitts, né en Iran en 1967 : Je suis de père anglais, de mère iranienne et de beau-père français.

Touchée ! Coulée ? L’Union européenne et les réfugiés.

17 mars 2016

Touchée ! Coulée ?
L’Union européenne et les réfugiés.

Il est souvent dit que l’Union européenne ne sait avancer que par crises. Le moment est donc venu d’une grande avancée ou d’une dislocation car, cette fois, la crise est multiple, profonde. Elle touche les gouvernements et les instances européennes.

Le seul projet de l’Union européenne serait-il « sauve qui peut ? »

Difficile de croire que l’Union européenne peut aller indéfiniment, de réunion en réunion de la dernière chance, avec quelques bricolages. Dramatisant les rencontres dont les « responsables » sortent avec le « meilleur accord possible » après une longue nuit de discussion. En attendant la réunion suivante, bien sûr de la dernière chance.

Jusqu’à l’explosion ?

Les peuples qui ont laissé faire plus que participé, s’en détournent de plus en plus. Ceux de la vieille Europe comme ceux de la nouvelle. Lors des consultations, quel qu’en soit le type, le nombre des eurosceptiques et des opposants augmente.

La seule Europe qui existe vraiment est celle des problèmes. Que chaque État feint d’ignorer tant qu’il n’est pas immédiatement concerné. Que l’Union européenne ne sait pas résoudre parce que les règles instituées ne sont pas adaptées car les problèmes ne peuvent être traités de la même façon tant la situation est différentes d’un État à l’autre, au point de vue matériel mais aussi politique. Elles sont finalement traitées, le plus souvent, suivant les intérêts du plus fort à des conditions qui ne sont pas toujours supportables par tous et qui suscitent des phénomènes de rejet. Le plus souvent de « l’Europe », quelquefois de tel ou tel État, apparu comme directement responsable.

Faute d’un projet commun qui justifierait une certaine solidarité et des compromis.

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

Avec la « crise des réfugiés », les autres questions ne font plus la une de l’actualité mais reparaîtront demain : crise économique qui perdure depuis 2008 avec une déflation, entretenue par une politique austéritaire ; éventuel éclatement d’une bulle européenne ; crise climatique que la COP21 a médiatisée, sans suite concrète au niveau européen ; relations avec la Russie et l’Ukraine ; recul de la démocratie dans plusieurs États membres qui ne pourraient, aujourd’hui, être candidats à l’Union européenne ; terrorisme ; Brexit ; Grexit hier et avenir de la Grèce aujourd’hui…

Et l’impuissance face aux guerres, aux portes de l’Europe, qui menacent la stabilité d’autres pays de la région..

Angela Merkel a vu juste, qui déclarait sur la chaîne de télévision ZDF : « Cette question de savoir comment nous agissons avec les migrants… va nous occuper bien, bien plus que la Grèce ou la stabilité de l’euro » (1). En effet, la question ne peut être réglée entre amis, par un communiqué insipide et incompréhensible, après une longue soirée de discussion. Le premier naufrage d’un navire transportant des migrants a eu lieu, il y a une vingtaine d’années… Combien de sommets européens depuis ?

Aujourd’hui, des centaines de milliers de réfugiés sont là, d’autres sont en chemin ou en attente…

« L’Europe n’avait jamais vu un tel afflux de réfugiés. D’après l’Office européen de statistiques Eurostat, plus d’1,25 million de personnes ont déposé une demande d’asile dans l’Union européenne en 2015, soit plus de deux fois plus qu’en 2014. La plupart des migrants viennent de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak.
Et ce flux migratoire ne ralentit pas, au contraire. Depuis janvier, 130 000 réfugiés sont arrivés en Europe. Or la fermeture partielle des frontières sur la route des Balkans rend leur périple de plus en plus incertain. » (2)
« La plupart des migrants viennent de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak », lieux de conflits dans lesquels bien des pays de l’Union européenne sont militairement engagés.
Notamment la France.

Dans le monde, en 2014, il y avait 60 millions de réfugiés (1% de la population mondiale) dont 50% étaient des enfants. Il y a 10 ans, ils étaient « seulement » 37 500 000.
Leur nombre a augmenté suite à 14 conflits dans le monde (3).
En Syrie, plus de 7 millions de réfugiés à l’intérieur du pays, plus de 3 millions à l’extérieur. Surtout dans les pays limitrophes : Turquie (3% de la population), Jordanie (12%), Liban (20%).
Un million ou deux millions de réfugiés de toutes origines en Europe pour 500 millions d’habitants ?
La question n’est pas insurmontable, matériellement. Mais politiquement ?

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

Tous les États de l’Union européenne et l’Union européenne ont adhéré à la Convention relative au statut des réfugiés (Genève 1951) : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. » (art.14-1). Elle s’applique à toute personne « Qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays… » (art. 1A2).

En signant la Convention, l’Union européenne et les États de l’Union se sont donnés l’obligation d’examiner la situation de tout demandeur d’asile qui se présente à la frontière.

De toute façon, ils sont là. Leur renvoi en masse – où ?- est difficile humainement, juridiquement, politiquement, matériellement.

Les accords de Schengen, entrés en vigueur en 1995 pour les sept premiers signataires, ont été étendus aux 26 États adhérents. La procédure Dublin, née avec « l’espace Schengen » de « libre circulation », est simple dans son principe : pour que le demandeur d’asile ne puisse déposer son dossier dans plusieurs États, le traitement de la demande incombe au premier pays qui a laissé entrer, volontairement ou non, le demandeur d’asile.

Cette politique, logique et égalitaire en apparence, n’était pas prise en charge par tous. « L’Allemagne aussi s’y [à une solution commune] est opposée, du temps où les réfugiés n’étaient pas encore aussi nombreux à arriver. L’Allemagne a imposé le système de Dublin à l’Europe... Elle a ainsi pratiquement évacué son droit fondamental à l’asile. Il fallait arriver en Allemagne en parachute pour pouvoir faire appel légalement à ce droit international (4).

Seuls les pays ayant des frontières externes avaient cette charge administrative et financière : Espagne, Italie, Grèce… Cela ne gênait guère les autres États, ni les institutions européennes. Tant que les demandeurs d’asile étaient en nombre limité, cela ne concernait que les pays périphériques. Tout le monde fermait les yeux.

Ces candidats, à l’immigration ou à l’asile, arrivaient morts ou vivants, faisaient la « une » de quelques journaux. Les survivants s’égaillaient ensuite vers l’Europe du nord qui les absorbait.

Les choses sont devenues plus graves avec les printemps arabes et les arrivées en nombre qui ne touchaient que l’Italie ou presque. La France fermait ses frontières à Vintimille pour quelques milliers de personnes. L’Italie payait : « L’Italie a été le premier pays à affronter la crise des réfugiés et a déjà dépensé plus de 9 milliards pour cette urgence… » (5). « L’opération ‘’Mare Nostrum’’ montée par la Marine italienne, a coûté un milliard. Toutefois, cela a évité des tragédies dans la Méditerranée. 366 passeurs arrêtés, 439 interventions effectuées » (6).

Avec la guerre en Syrie, la migration s’est déplacée vers la mer Égée, la Grèce et ses îles. Le nombre de demandeurs d’asile est passé de dizaines à des centaines de milliers. Qui se dirigent vers les pays rêvés : Allemagne ou Suède. Le 25 août dernier, Angela Merkel annonçait, sans avoir consulté aucun État, aucune institution de l’Union européenne, sa décision de ne plus renvoyer les Syriens vers le pays d’entrée de l’espace Schengen, la Grèce, en rupture unilatérale de la Convention de Dublin. Ce geste fort et courageux a été salué par beaucoup. Elle est devenue l’héroïne des migrants syriens et a été entendue jusque dans les camps.

Ce geste n’intéressait pas seulement les Syriens, l’Allemagne et les Allemands mais tous les pays sur la route des Balkans de la Turquie à l’Allemagne.

Le 31 août, Angela Merkel se félicitait du « rêve » d’Allemagne de nombreux réfugiés. Une chance pour le pays. « Wir schaffen das » (On y arrivera). Même si le mouvement Pegida (7), créé en octobre 2014, a trouvé là un motif nouveau de mobilisation. Même si des foyers d’accueil d’immigrants étaient plus souvent attaqués : 202 entre janvier et juin 2015, autant que pour l’ensemble de 2014.
L’Allemagne s’est mise au travail : financièrement, elle en a les moyens, mise en place de sites d’hébergement d’urgence, cours de langue pour permettre le travail, transmission des valeurs constitutionnelles avec pour but l’assimilation (8). La population a réagi plutôt favorablement, même si tout n’est pas rose…
Même si le ministre de l’intérieur, Thomas de Maizière, annoncait le 13 septembre que l’Allemagne rétablissait des contrôles à la frontière avec l’Autriche.

Car des réticences se sont rapidement exprimées, au delà de l’opposition d’extrême droite, de la part de la CSU surtout, branche bavaroise de la CDU, parti d’Angela Merkel, hostile à sa politique d’intégration. L’arrivée quotidienne de milliers de réfugiés en Allemagne pose de sérieux problèmes. Dans le Tagesspiegel, Sigmar Gabriel, le vice-chancelier et président du SPD déclare « C’est moins le nombre de réfugiés que la vitesse à laquelle ils arrivent qui rendent la situation si difficile » (9). Pendant des mois, des centaines de maires et de conseillers régionaux se sont mis en quatre… car ils croient la situation exceptionnelle (10).
Les actes de solidarité de la population continuent : par exemple à Berlin où la ville a organisé une opération « Merci à tous les Berlinois qui se mobilisent pour accueillir les réfugiés » avec le soutien de la presse : « Merci ! Sans votre engagement, cela n’aurait pas marché. » titre le Tagesspiegel (11). Il faut noter que Berlin (3,5 millions d’habitants) a accueilli 80 000 personnes en 2015, autant que l’Autriche (plus de 8 millions d’habitants). Pendant cette même année, la France a accordé l’asile à 79 000 personnes.

Peu à peu, les États sur le chemin de l’Allemagne, et bien d’autres, ferment leurs frontières suivant l’exemple de la Hongrie, tant décriée quand elle a érigé le premier mur pour « protéger l’Union européenne de l’invasion ». La route des Balkans vers l’Allemagne est de plus en plus hérissée de barrages à chaque frontière.
Qui vont transformer la Grèce en une vaste zone de regroupement.

Finalement, Angela Merkel, abandonnée « courageusement » de tous, y compris de ceux qui, comme la France, n’étaient pas sur la route, a dû annoncer, à l’approche d’élections dans trois régions, que l’Allemagne ne pouvait recevoir tout le monde. D’autant que « selon un sondage récent, 81% des Allemands pensent que son gouvernement a perdu le contrôle de la crise des migrants » (12). Ce qui se traduit aujourd’hui par la poussée électorale de l’AfD (Alternative für Deutschland) qui entre au Parlement des trois Länder Bade-Wurtemberg (15,1 % des voix, 19 élus), Rhénanie-Palatinat (12,6%, 7 élus), Saxe-Anhalt (24,5%, 24 élus). Dans ces trois régions, l’AfD fait une poussée remarquable et remarquée en nombre de voix et de sièges !
Revers électoral pour la droite, notamment CDU-CSU, plus que pour Angela Merkel. La Berliner Zeitung écrit
: « Outre l’électrochoc de l’AfD, c’est une grande continuité qui ressort de ces élections. Le candidat sortant vert Winfried Kretschmann reste ministre-président [de Bade-Wurtemberg]. Le SPD reste au pouvoir en Rhénanie-Palatinat et le candidat de la CDU Haseloff reste aux manettes en Saxe-Anhalt. Et la chancelière dans tout ceci ? Les trois vainqueurs des élections soutenaient sa politique migratoire. C’est donc elle qui a remporté ces élections – et non pas son parti, qui ne peut s’en prendre qu’à lui même.» (13).
Ce qu’entérine la Frankfurter Allgemeine Zeitung, les candidats chrétiens-démocrates ayant pris leur distance avec la chancelière sur les migrants l’ont payé cher, comme Julia Klöckner, favorite en Rhénanie-Palatinat qui s’est finalement inclinée. Analyse partagée par Gero Neugebauer, politologue allemand dans La Tribune de Genève : « les deux grands vainqueurs de ces élections, un écologiste dans le Bade-Wurtemberg ou une sociale-démocrate en Rhénanie-Palatinat, ont défendu ouvertement la ligne de la chancelière tandis que les perdants, dans le camp conservateur, se sont opposés à Merkel » (14).

Les opposants de la CDU-CSU et l’AfD n’ont à proposer que la fermeture des frontières qui « ne nous permettrait pas de garantir notre confort de vie à long terme. La Méditerranée se transformerait en gigantesque cimetière, la Grèce évoluerait rapidement en État failli et l’Italie redeviendrait instable. Fait notable, la fraction favorable à l’isolement de l’Allemagne n’avance aucune suggestion en vue d’une meilleure gestion du problème des réfugiés… Ceux qui refusent d’y voir un problème européen ne font que mentir à leur public. Et refusent de reconnaître que notre continent, après tant de guerres de religion et d’atrocités, a su établir un système politique viable, et qu’ayant prouvé sa capacité à établir des règles et à garantir la diversité, il est prédestiné à accueillir les migrants » (15).

La CDU-CSU et les chancelleries européennes ne tireront probablement pas de ce scrutin la même conclusion. Angela Merkel risque d’en être affaiblie mais ne semble pas renoncer à sa politique. Alors qu’elle a entamé une négociation avec la Turquie, au nom de l’Union européenne : « Pour lancer un signal de possible réduction des flux à la veille des élections en Allemagne, Merkel s’est comportée comme un vrai ‘’panzer’’ au sommet de l’UE, mettant les partenaires devant le fait accompli d’une ébauche d’entente négociée directement avec les Turcs. Cela n’a été apprécié par personne, également à cause du coût collectif : 6 milliards d’euros et la libéralisation anticipée en juin des visas UE pour les Turcs, ainsi que l’accélération des négociations pour l’adhésion. Le flux des migrants pourrait passer par l’Albanie ou la Libye et l’Italie pourrait devenir le grand ‘’entrepôt d’âmes de l’Union » (16).

Incapables de peser pour une solution pacifique en Syrie, l’Union européenne et les États de la région, membres ou non de l’Union européenne, n’ont qu’une pensée : bloquer à la frontière, les arrivants quels qu’ils soient, en provenance de Turquie…
Peu importent le droit, traités et conventions, et les droits des demandeurs d’asile.

Depuis juin 2015, l’opération EUNAVFOR med s’active dans les eaux internationales entre l’Italie, la Libye et l’Égypte pour « démanteler le modèle économique des réseaux de trafic de clandestins et de traites des êtres humains ». Avec l’accord de la Turquie et de la Grèce, « l’Allemagne dirige actuellement un groupe de navires de guerre de l’OTAN croisant en Méditerranée orientale, qui seraient engagés pour cette opération destinée à compléter le travail de l’agence européenne de surveillance des frontières de l’Union européenne, Frontex » (17).
En décembre, la proposition de la Commission européenne « décupler les moyens et les pouvoirs des garde-frontières et des garde-cotes européens » a reçu un bon accueil et devrait être adoptée en avril par le Conseil européen et le Parlement européen.
Il n’est pas sûr que ces actions soient très efficaces pour une réduction significative des passages.

Devant les nombreuses arrivées et conscient que ce ne pouvait être du ressort d’un seul pays, quel qu’il soit, Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a proposé une répartition des demandeurs d’asile entre les différents États de l’Union en fonction d’un certain nombre de critères.
L’accord, été 2015, prévoyait 160 000 relocalisations au niveau européen, quelques centaines ont eu lieu à ce jour. Pour la France, cela impliquait de recevoir 30 000 réfugiés sur deux ans. Mais le démarrage est laborieux, avec 300 personnes, la France est en tête des pays d’accueil devant la Finlande (140 personnes). Bernard Cazeneuve estime que « les dispositifs d’accueil et de répartition des réfugiés dans les “hot spots” ne fonctionnent encore que de façon très imparfaite » (18). A Barcelone, la mairie a lancé une opération « Barcelone, ville refuge » et attend désespérément l’arrivé de réfugiés, plus de six mois après le lancement du plan d’accueil (19).

Seule Angela Merkel pousse pour que cette modalité de prise en charge soit pérennisée par des pays volontaires. Ce que refuse toujours le groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) qui réclame une meilleure protection des frontières de Schengen. Ainsi que Manuel Valls, bruyamment à Munich, sur sa barricade : «Les solutions sont au Levant, en Turquie, en Jordanie, en Méditerranée. Mais il faut un message très clair qui dise « maintenant, nous n’accueillons plus de réfugiés  »» (20).

Le dernier volet pour répondre à cette crise des réfugiés est la négociation avec la Turquie qui pose beaucoup de questions quant au respect des droits des demandeurs d’asile mais aussi quant à la Turquie et aux relations entre ce pays et l’Union européenne.

L’efficacité des actions en mer et de l’accord du 29 novembre 2015 avec la Turquie ne semble pas très grande alors qu’arrivent, sur les côtes grecques, 2 à 3 000 personnes. chaque jour.
Faute d’une politique de l’Union européenne, l’Union européenne aborde cette négociation en mauvaise position. Recep Tayyip Erdoğan sait que la Turquie ne remplit pas les conditions pour être admise dans l’Union européenne mais il nargue une Union européenne aux abois en mettant sous tutelle de Zaman, le principal quotidien du pays jugé séditieux à la veille d’une nouvelle rencontre.

Contre l’engagement de fixer sur le territoire turc les quelque 2,7 millions de réfugiés syriens qui y sont installés, Recep Tayyip Erdoğan pose ses conditions : aide financière de 6 milliards d’euros, libéralisations des visas d’entrée dans l’Union européenne pour les citoyens turcs, accélération des négociations de son adhésion à l’UE…
Récemment, Ankara a proposé avec l’accord d’Angela Merkel et de Mark Rute, premier ministre néerlandais et actuel président du Conseil (de l’Union européenne) que l’Union européenne mette en place, en échange des Syriens reconduits en Turquie, un corridor humanitaire permettant le départ de Syriens depuis les camps installés sur son territoire : « 1 Syrien pour 1 Syrien » (21).

La « crise des réfugiés » est une des crises les plus graves depuis la mise en place de « l’Europe des 6 ».

Dublin a été balayé par l’ensemble des États de l’Union européenne et les accords de Schengen. Mis en place à la demande de la France et de l’Allemagne, ils ne peuvent ni être repris tels quels, ni être abandonnés totalement. Dans tous les cas, cela annonce une longue négociation. Entre combien de partenaires ? Certains calculent déjà, en cas de suppression de ces accords, le coût économique et financier. « C’est à la demande des acteurs économiques, qui souffraient des surcoûts impliqués par les frontières, que le processus qui a abouti à la convention de Schengen… a été lancé dès 1984 par l’Allemagne et la France (accord de Sarrebrück) » (22). Mais aussi le coût politique.
Le démembrement de Schengen première étape de l’agonie de l’Union européenne, au moins dans sa forme actuelle ?

Évolution vers un espace de libre-échange comme le veulent le Royaume-Uni et bien d’autres. Ou division de l’Union européenne en une Union espace de libre-échange et une Union-puissance qui continuerait le rêve. Des propositions sont faites en ce sens. Quoi qu’il en soit, le coup est parti pour de longues, très longues négociations à très grand risques d’éclatement sinon de disparition totale de l’Union européenne. Et peut-être aussi de grands risques pour les « démocraties relatives » de l’Europe.

Dans les mois qui viennent, de nombreuses élections vont avoir lieu dans différents pays de l’Union européenne : en 2016, Autriche, présidentielle, Écosse, Pays de Galle, Irlande du Nord, Chypre, législatives, Royaume-Uni, référendum sur l’Europe, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et Berlin, régionales, Lituanie, législatives, Bulgarie, présidentielle, Pays Basque, Roumanie, législatives ; en 2017, Allemagne, présidentielle, Pays-Bas législatives, France, présidentielle et législatives, Sarre, régionales, République tchèque, Allemagne, Norvège législatives.
Gageons que, pour une fois, la question de l’Europe sera à l’ordre du jour. Même si ce n’est pas tellement le cas encore en France où il est plus questions de tiercé et d’écuries que d’Europe.

Reste que la question des réfugiés, urgente, demeure. Pour les États comme pour l’Union européenne, la question est la même : « droit d’asile ou barbarie » ? (23).

Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.
Touchée ! Coulée ?  L'Union européenne et les réfugiés.

1) Euractiv 17/08/15
2) Euronews 05/03/16
3) http://www.planetoscope.com/Immigration/1912-refugies-dans-le-monde.html)
4) Der Spiegel 23/01/16 cité par Courrier International 04-10/02/16
5) Il Messaggero 04/02/16
6) La Stampa 04/02/16
7) « Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes », « Les Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident »). Depuis sa création, le 20 octobre 2014 à Dresde, Pegida manifeste tous les lundis son refus d’être « envahie » par les immigrés et sa méfiance des élites. Pegida a des branches dans l’UE : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, Estonie, France, Grande-Bretagne, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Suède, Suisse.
8) Le Figaro 09/09/15
9) Le Monde 14/09/15
10) Süddeutsche Zeitung 30/01/16, Courrier International 04-10/02/16
11) Mediapart 12/02/16
12) Financial Times cité par Toute l’Europe 29/02/16
13) Eurotopics 14/03/16
14) Toute l’Europe 15/03/16
15) Die Welt 20/01/16)
16) Sole 24 Ore 10/03/16
17) Toute l’Europe 11/02/16
18) Figaro 07/03/16
19) Libération 26/02/16
20) Libération 15/02/16
21) Le Monde 07/03/16
22) Libération 07/02/16
23) Le Monde 11/03/16

Les demandeurs d’asile passent à la caisse !

Dans mon enfance, j’ai entendu mon père, indigné, dire : « A Bram, on échangeait une montre contre une bouchée de pain ! »
Je n’ai rien compris à cette phrase. Bram est une localité, 3 000 habitants, à une vingtaine de kilomètres de Carcassonne. On pouvait y aller à bicyclette. Plus tard, j’ai eu l’explication.

Après la victoire de Franco, des centaines de milliers de Républicains espagnols ont cherché refuge en France. Beaucoup ont été regroupés dans des « camps ». Le plus célèbre est celui de Rivesaltes (1, 2) mais il y en eut d’autres comme celui de Bram, mieux organisé, semble-t-il, et moins célèbre.

Quand des Républicains espagnols ont été enfermés dans le camp de Bram, certaines personnes sont venues leur apporter de l’alimentation en échange de bijoux et objets de valeurs qu’ils pouvaient récupérer.
Il y avait peut-être aussi des gens désintéressés.

Malheureusement, cet échange inégal n’a pas été une pratique réservée à Bram : « Il était arrivé un grand nombre de trafiquants, certains venus d’assez loin, attirés par des affaires à réaliser sur le dos de ces pauvres gens, prêts à vendre n’importe quoi pour subsister. Dans les coins discrets se tenaient de fébriles conciliabules : les trafiquants achetaient l’or en le pesant dans leur mains ». (1)

Depuis, en ces lieux, un mémorial a été édifié.

Rivesaltes

Rivesaltes

Les temps ont bien changé. Certes, la récupération individuelle existe toujours. Tout le monde condamne cette pratique des passeurs. Mais les demandeurs d’asile arrivés dans la terre espérée, la récupération devient, quelquefois, institutionnelle…

Depuis plusieurs années, en Suisse, les réfugiés doivent remettre aux autorités tous les biens valant plus de 1000 francs suisses (environ 900 euros). En échange, ils reçoivent un récépissé. Cette pratique parfaitement légale est prévue par une loi sur l’asile (26 juin 1998) qui exige des réfugiés qu’ils contribuent dans la mesure du possible au coût de leur demande d’asile et d’une assistance sociale. Par la suite, si la personne obtient le droit d’asile, elle devra verser 10% de ses revenus pendant 10 ans. L’an dernier, la Suisse a reçu près de 40 000 demandes d’asile.

Cet exemple, venant d’un pays aussi vertueux que la Suisse, ne pouvait passer inaperçu. Le Danemark a décidé de confisquer les effets de valeur des migrants pour financer leur séjour. Ce projet de loi, controversé, donne le droit aux policiers de « saisir des biens que les demandeurs d’asile apportent avec eux afin de couvrir leurs besoins en alimentation et en hébergement ». Pour financer les aides et décourager les demandeurs d’asile à venir au Danemark. Le texte doit être adopté le 26 janvier.
La loi, pleine d’attention, prévoit, cependant, que les demandeurs d’asile pourront conserver les biens ayant « une valeur sentimentale », comme les alliances.

Les passeurs, individuels, rémunérés, indignent l’opinion publique. Frontex les poursuit. Qui poursuivra les États passeurs ?

28/01/16

Une amie ma envoyé le commentaire suivant :
« J’ai lu le texte dans lequel tu évoques le camp de Bram .
A Bram, comme dans les autres camps, il n’y eut dans un premier temps, au moment de la retirada, que des républicains espagnols. Mon grand père y était, très  rapidement un agriculteur du coin lui a proposé du travail, il put sortir et faire venir avec lui, à la ferme, ma grand’mère et ses enfants qui étaient réfugiés à Condom dans le Gers. Pas dans un camp, ma grand mère avait trouvé du travail comme lingère dans un hôtel, des familles avaient pris ma mère et mes tantes en pension et mon oncle était en apprentissage chez une famille de cordonniers italiens. La famille ne s’en sortait pas trop mal, même si mon grand père, s’il était nourri et logé, ne percevait aucun salaire. On ne faisait pas seulement du trafic d’argent, de bijoux, mais aussi de bras ! La plupart des réfugiés espagnols n’avait rien à échanger. Et ceux qui avaient pu emporter des économies n’ont pu les utiliser, le nouveau gouvernement espagnol ayant déclaré obsolète l’argent de la République, ma mère conserve précieusement un rouleau de billets que ma grand mère avait cache sous ses jupes pendant la retirada. Les enfant ont été scolarisés pendant quelques mois à  Bram et c’est là qu’ils ont commencé à apprendre le français  .
Tout est devenu très très difficile à  partir de septembre 1940 où le régime de Vichy à obligé tous les étrangers à être regroupés dans des camps . A Bram se côtoyaient de nombreuses nationalités. Ma famille est revenue au camp de Bram, puis transférée à  Argelès puis à  Rivesaltes où c’était très dur. Là, ma grand mère a fait appel aux familles qui l’avaient aidée au moment de la retirada à Condom et ce sont celles ci qui ont fait appel aux Quackers pour les aider à sortir du camp. La famille à donc terminé la guerre dans une colonie de Quackers où  étaient recueillis des enfants de républicains espagnols et aussi des enfants juifs cachés. Ma grand-mère a de nouveau travaillé comme lingère dans cette colonie pour ne pas être séparée de ses enfants. Pendant ce temps mon grand père travaillait pour les compagnies volontaires de travail qui venaient chercher de la main d’œuvre gratuite dans les camps.
Si le trafic d’argent, de biens, se faisait individuellement  (Quoique pour la population juive …) l’utilisation de la main d’œuvre des camps était si j’ai bien compris, une une affaire d’ État .
Bon, j’arrête là mon bavardage …
O.C.

1 – Vous avez la mémoire courte… 500 000 républicains venus du Sud « indésirables » en Roussillon. René Grando, Jacques Queralt, Xavier Febrés éditions du chiendent, 1981, 258 p.

2 – Rivesaltes : le camp de la France. 1939 à nos jours., Canet-en-Roussillon : Ed. Trabucaire, 2015, 161 p.

NB : Article précédent sur les camps, publié le 7 septembre 2011, FRIBOURG, RIVESALTES, GURS