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C’est loin l’Amérique ? (2)

C’est loin l’Amérique ? (2)

Souvent, ce qui se passe aux États-Unis d’Amérique (ÉUA) arrive quelque temps plus tard en Europe. D’où la question : Faut-il s’attendre à des résultats semblables à ceux de l’élection présidentielle étasunienne, lors des consultations importantes qui vont avoir lieu dans les mois qui viennent : référendum en décembre en Italie, élections au printemps en France et aux Pays-Bas, en septembre en Allemagne.

En réalité, cette fois, c’est plutôt dans les pays européens que les choses ont commencé.

La tornade libérale qui a envahi le monde est partie du Royaume-Uni sous l’impulsion de Margaret Thatcher suivie aux ÉUA de Ronald Reagan avant de se répandre dans les autres pays.

C’est la même antériorité du Royaume-Uni que Donald Trump a reconnue en promettant de faire de l’élection présidentielle aux ÉUA un Brexit puissance trois ! Promesse tenue !

Mais au Royaume-Uni, la dynamique est partie en dehors des deux grands partis de gouvernement qui en ont été ébranlés.

Un rejet des gouvernements des États et de l’UE parcourt toute l’Europe. Ce rejet a, jusqu’ici, été maîtrisé par des astuces juridiques, des immixtions politiques, des pressions financières. De véritables dénis de démocratie. Ce qui entraîne la formation et la croissance de mouvements et de partis qui s’attaquent de plus en plus, au-delà des gouvernements, à des principes démocratiques que l’on croyait définitivement installés.

Les premières atteintes à la démocratie, dans son esprit, sont venues des gouvernements dans la construction de l’UE. Ils ont contesté le résultat des référendums dans plusieurs pays.
Les peuples ont ainsi appris qu’il y avait une seule réponse possible lors des référendums. Si la réponse n’était pas satisfaisante pour ceux qui la posaient, un second référendum était organisé. Ou le peuple était déchargé de sa responsabilité, trop grande pour lui, en faveur de ses représentants qu’il avait désavoués.

Dans ces occasions, comme lors des résultats du référendum sur le Brexit ou lors de l’élection présidentielle aux États-Unis, l’énorme majorité des compétents sont stupéfaits de voir que les peuples peuvent avoir un avis autonome. D’où un mépris affiché avant, pendant et après la consultation : le peuple n’a rien compris. Seule autocritique possible, les compétents n’avaient pas suffisamment expliqué les bienfaits qu’il fallait attendre des solutions proposées. Malgré la quasi-unanimité des médias.
Leur intelligence était dés lors toute mobilisée pour voir comment contourner cette volonté populaire aberrante.

Un pas de plus vient d’être franchi. L’Accord économique et commercial global (AEGC) ou Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA), traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, signé le 30 octobre par les 28 gouvernements européens et le gouvernement canadien, sera appliqué, provisoirement, avant que les parlements ne l’aient adopté. Quelle pudeur, provisoirement !

Même les parlements vont être court-circuités ! Que se passera-t-il si un ou plusieurs pays de l’UE refusent de l’entériner quand il sera en application depuis une ou plusieurs années…

Que va devenir l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE, mis, provisoirement, au réfrigérateur mais non annulé, depuis son rejet par référendum aux Pays-Bas ?

Pendant ce temps, du fait de la politique suivie, la faille entre les riches et les pauvres ne cesse de grandir, y compris dans les pays dits exemplaires qui ont inventé les jobs, ein euro ou les zero contracts !

Inutile de revenir sur les péripéties de la politique sociale et économique imposée au peuple grec et à son gouvernement légal, malgré élection et référendum… Politique imposée par Wolfgang Schäuble avec le soutien des autres États et de la troïka ; ou sur la résistance du gouvernement de Matteo Renzi face à la Commission européenne (CE).

C’est loin l’Amérique ? (2)

Certains en viennent à remettre en question la pratique du référendum comme Nicolas Sarkozy qui n’a pas provoqué un nouveau référendum pour le texte modifié du projet de Constitution européenne mais l’a fait adopter par le parlement dont l’immense majorité approuvait le texte avant sa modification. Succès assuré. Il n’a pas respecté le peuple souverain.

Par contre, le même Nicolas Sarkozy est plein de respect pour le peuple souverain qui vient d’élire Donald Trump parce qu’il espère gagner avec des méthodes proches, promettant tout et son contraire suivant les circonstances.
Il aurait pourtant du se rendre à l‘évidence : il est plus facile d’analyser collectivement un texte aussi complexe soit-il que de savoir ce qui se passe dans la tête d’un président nouvellement élu.

Beaucoup se posent aujourd’hui la question à propos de Ronald Trump dont les propos de campagne n’ont pas toujours respecté les canons de la logique. Mais qui avait prévu, adversaire ou partisan, ce que ferait François Hollande de sa présidence ?

Ne serait-il pas plus judicieux que tous les démocrates se posent la question de la mise en place d’une assemblée nationale constituante par élection de ses membres ou tirage au sort ? Pour remplacer la constitution de la Vième République qui a instauré une présidence pratiquement sans contre pouvoir et dont on peut constater les inconvénients.

Donald Trump n’est pas le premier à gagner une élection grâce à sa fortune personnelle. Silvio Berlusconi l’a précédé depuis longtemps dans cette voie. L’un est devenu célèbre, par sa fortune dans l’immobilier et son émission de télé-réalité The Apprentice, l’autre tout aussi chef d’entreprise et surtout patron de chaînes de télévision. Tous deux étaient déjà bien connus avant leur engagement politique.

Coté fortune, Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen ne sont à plaindre.

Donald Trump a probablement gagné les élections par le mépris affiché des convenances dont il a fait preuve. Silvio Berlusconi a, ici aussi, montré l’exemple et a fait une longue carrière (terminée?) avec ses plaisanteries douteuses, poursuivi du mépris de ses collègues au niveau international.

Donald Trump a prononcé des phrases, discutées par ses partisans et ses adversaires au pont de devenir centrales. En France, Nicolas Sarkozy, une proposition par jour, et Jan-Marie Le Pen spécialiste des suggestions racistes répétées, ont construit une bonne partie de leur popularité sur cette technique d’occupation de l’espace médiatique en permanence.

Jean-Marie Le Pen est probablement le père de la technique. Mêlant patience et provocations, il a réussi à se hisser au second tour de l’élection présidentielle de 2002. C’est un véritable virtuose en matière de racisme antisémite avec un succès indiscutable. Lançant une phrase douteuse mais qui touchait une partie de la population et qui était renforcée par les explications de ses adversaires donnant à voir leur sens caché et se faisant ainsi interprète et porte-parole inconscients. Se plaçant toujours sur le terrain qu’il avait choisi au lieu d’avancer des propositions constructives.De même, pour son racisme anti-immigrés, avançant des chiffres ou des propositions contestables et amenant ses adversaires à les discuter et donc à les valider par cette prise en considération.
Il suffit de voir tous les argumentaires publiés pour dénoncer ses affirmations. Qui tournent depuis 40 ans autour des mêmes questions. Et qui
contestent Jean-Marie Le Pen avec des propos rationnels pour personnes convaincues. Le seul fait d’expliquer ou de dénoncer ces mensonge les renforce.
Donald Trump a pu avoir des mots encore plus méprisants contre les Noirs, les femmes, les Latinos, qui étaient largement repris par les médias et ne risquaient pas de le conduire devant un tribunal pour le délit de racisme qui n’existe pas aux ÉUA ?

Les Français dans leur immense majorité ne sont pas racistes même si certains tiennent des propos racistes et si quelques uns vont jusqu’à l’acte. Mais les sondages de la Commission nationale consultative de défense des droits de l’homme permettent de constater que la tolérance a progressé. Et même après les graves événements de ces derniers mois, il n’y a pas eu la dérive dangereuse que beaucoup craignaient.
Mais qui a pris le temps de s’adresser au cœur de ces Français au lieu de les traiter, avec suffisance, de beauf, d’imbéciles ou de racistes. Est-ce ainsi qu’on veut les faire changer ?

Donald Trump a porté la technique de Jean-Marie Le Pen à l’échelle étasunienne. Avec les médias numériques, peu importe ce qui est dit : ce qui compte, c’est le nombre de clics ! Comme ses déclarations ont choqué et augmenté l’audience des chaînes d’information, elles lui ont proposé de s’expliquer, poussant des opposant à réfuter ses arguments… Et CNN aurait gagné environ 100 millions de dollars de plus que prévu pendant le cycle électoral. En grande partie grâce à Trump (Courrier international 10-16/11/16).

En France les Le Pen, père et fille, n’ont pas beaucoup à se plaindre de leur place dans les médias. Mais la plupart de leurs adversaires n’ont guère de propositions à avancer en dehors de la politique suivie depuis des lustres et qu’ils se proposent d’accentuer. Et qui aboutissent à enfoncer les plus faibles dans la pauvreté, la culpabilité et le mépris.

La révolte sourde a été rendue visible au Royaume-Uni par le Brexit, aux ÉUA par l’élection de Donald Trump, en France avec la montée du Front national qui ne date pas d’hier mais qui peut franchir une nouvelle étape. Elle se voit aussi dans des pays, autrefois au dessus de tout soupçon : Belgique avec le Vlam Belang (Intérêt flamand), Pays-Bas avec le Parti pour la liberté (PVV), Allemagne avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), Italie avec la Ligue du Nord et le Mouvement cinq étoiles, Hongrie avec Viktor Orbán et encore plus à droite le Jobbik (Alliance des jeunes de droite – Mouvement pour une meilleure Hongrie), Roumanie avec le Parti de la Grande Roumanie, Autriche avec le FPÖ (Parti de la liberté d’Autriche), Norvège avec le Parti du progrès ou Danemark avec le Parti populaire (Mediapart 10/11/16).

Dans les faits, le premier parti des pauvres est celui des abstentionnistes. A chaque fois qu’ils ont eu un début d’espoir, ils se sont, au moins partiellement, mobilisés et n’ont pas tardé à être déçus. Ils ne se sont pas sentis abandonnés, comme on le lit partout, ils ont été abandonnés et trahis. Certains ont même théorisé cet abandon : les questions sociétales, qu’il ne faut pas négliger, sont plus importantes que les questions sociales qui sont négligées

Reste à espérer est-ce réaliste ? que ceux qui ne se trompent pas d’adversaire et qui essaient de redonner un espoir et un sens à la révolte sauront les motiver : Podemos en Espagne, Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce malgré ses échecs, Bloc des gauches au Portugal, France insoumise, travaillistes de Jeremy Corbyn, électeurs de Bernie Sanders….

Aux élections étasuniennes on a vu que les abandonnés, les jeunes pouvaient se mobiliser avec Sanders, mais non avec ceux ceux qui les enfoncent à l’occasion de la crise la plus importante depuis 1929, qui dure maintenant depuis près de 10 ans et risque de tourner à la catastrophe…
Plus que tous, ils ont intérêt à renverser la table.

Papa, c’est loin l’Amérique ? Ne te laisse pas faire ! Ne te laisse pas mener par le bout du nez ! Pense par toi-même, agis, parle, vote !

C’est loin l’Amérique ? (2)
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Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Face aux gros partis de gauche en très mauvais état, quel que soit le jugement qu’on porte sur leur ligne politique, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Les Verts, le Front de gauche (FdG) ont pensé, chacun à son tour, que le moment était venu de prendre une initiative pour se développer. Avec le même insuccès. C’est, aujourd’hui, le cas de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon.

Les résultats électoraux du Parti communiste (PC) se détériorent depuis 1978. Cette baisse continue s’est accentuée avec la victoire de François Mitterrand et la disparition de l’Union soviétique. Le PC n’incarne plus l’espoir de classes populaires.
Quant au Parti socialiste (PS), en cette fin du quinquennat de François Hollande, il est dans un désarroi pire que celui qui a suivi le passage au pouvoir de Guy Mollet : sans ligne politique, sans candidat naturel, ni légitime qui fasse une relative unité dans ses rangs et avance des propositions pour l’avenir du pays.
De ce relatif vide politique est née l’idée qu’il existe un espace à coté ou à la place des partis traditionnels.

Le moment LCR
La décadence électorale du PC peut se lire aussi bien au niveau du résultat des présidentielles que des législatives. La baisse du nombre de députés et de mairies est moins importante que celle du nombre de voix par suite de la persistance de quelques isolats, plus forts, et d’accords électoraux.

Tableau 1 : Pourcentage des suffrages exprimés obtenus par le PC aux élections présidentielles

1981

1988

1995

2002

2007

15,35

6,76

8,64

3,37

1,93

Tableau 2 : Pourcentage des suffrages exprimés et nombre de députés obtenus par le PC aux élections législatives

1978

1981

1986

1988

1993

1997

2002

2007

2012

Voix en %

20,61

16,17

9,78

11,32

9,30

9,92

4,82

4,29

6,91

Nb députés

86

44

35

27

24

35

21

15

7

Le relatif succès du candidat de la LCR, Olivier Besancenot, à deux présidentielles successives 1 210 562 voix soit 4,25 % des suffrages exprimés en 2002 et 1 498 541 voix soit 4,08 % en 2007, a fait du parti trotskyste le deuxième parti de gauche quand le PC, avec Marie-George Buffet, s’effondrait à 1,93 % ainsi que Lutte ouvrière (LO), l’autre parti trotskyste, avec Arlette Laguiller à 1,33% en 2007 contre 5,72 % en 2002.
La LCR décide alors de se dissoudre, de s’ouvrir en créant le Nouveau parti anticapitaliste  (NPA). Lors de sa création en février 2009, il compte 9 123 cartes, soit près de 3 fois les effectifs de la LCR.

Si les résultats des élections européennes de 2009, 840 713 voix, soit 4,88 %, malgré l’absence d’élu, sont dans le prolongement de ceux des présidentielles de 2002 et de 2007, ils ne constituent pas la percée espérée. Les élections suivantes vont signer l’échec de l’ouverture : 3,4 % lors des régionales de 2010 et 1,15 % à la présidentielle de 2012 (Philippe Poutou remplaçant Olivier Besancenot). Et lors des élections européennes de 2014, le NPA ne dépasse pas 1 %.
Échec confirmé, au niveau de l’organisation, le nombre d’adhérents du NPA, lors du congrès de 2013, 4 ans après sa création, tombe à 2 500.

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

La poussée électorale de la LCR, avec la candidature d’Olivier Besancenot a précédé la tentative de mutation mais n’a pas eu de suite. LO a connu une poussée identique lors des élections présidentielles de 1995, 5,30 % et 5,72 % en 2002 avec Arlette Laguiller et le même retour à la normale en 2007 avec 1,33 %.
Ces bons résultats de LO d’abord, de la LCR ensuite tiennent probablement plus à la personnalité d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot qu’à leur programme bien que, en 2002, leurs résultats associés atteignent presque 10 %.

La tentative de mutation du NPA, nature et pratique, élargissement et transformation, verdissement de la ligne rouge révolutionnaire/anticapitaliste, n’a porté ses fruits ni au niveau électoral, ni au niveau militant. Il n’a pas réussi sa percée comme meilleur et nouveau parti révolutionnaire d’opposition.

Le Moment Les Verts

Presque en même temps, une autre partie est en cours chez Les Verts, après les élections municipales de 2008, pour élargir leur audience. Daniel Cohn-Bendit propose de constituer des listes ouvertes Europe-Écologie pour rassembler largement les écologistes aux élections européennes de 2009. Elles obtiennent des résultats remarquables, 2 803 759 voix soit 16,3 %, arrivant en troisième position, juste derrière le PS (2 838 160 voix et 16,48 %). Et devant dans l’Île de France. Avec 13 députés européens pour Europe-Écologie, 14 pour le PS, 3 pour le PC et 1 pour le Parti de gauche (PG).
Aux régionales de 2010, Europe Écologie récolte, au 1er tour, 2 372 379 voix soit 12,2 % des suffrages exprimés.

En novembre 2010, Les Verts disparaissent pour donner naissance à Europe-Écologie-Les-Verts (EELV) qui regroupe les Verts et tout ceux qui veulent participer à l’aventure sans adhérer aux Verts. Mais dés le départ des tensions, entre les anciens Verts et la « coopérative », regroupant les nouveaux adhérents, montrent que la fusion n’a pas eu véritablement lieu entre les anciens et les nouveaux.

Aux élections européennes de 2014, EELV n’obtient que 8,95 % des voix, au lieu de 16,28 en 2009 et seulement 6 députés. Mais, il est vrai, Daniel Cohn-Bendit qui portait Europe Écologie en 2009, s’est déjà éloigné.

Comme pour le NPA, le plus grand succès de EELV, élections européennes de 2009, précède sa création, officialisée en 2010. Lors de l’élection présidentielle de 2012, après une primaire qui l’a élue comme candidate, Eva Joly n’obtient que 2,31 % (828 345) des voix au premier tour, supérieur au score de Dominique Voynet en 2007 (576 666 voix soit 1,57%) mais nettement inférieur aux espérances et au projet d’EELV.

Cependant, grâce au PS, EELV fait élire 10 sénateurs en 2011 et 17 députés avec le soutien du PS dans une soixantaine de circonscriptions aux législatives de 2012. EELV obtient ainsi un groupe parlementaire au Sénat et à l’Assemblée nationale.
Victoire à la Pyrrhus ? Car, désormais, EELV est engagé dans un partenariat conflictuel avec le gouvernement qui va entraîner des remous et l’affaiblir : participation au gouvernement dans un premier temps (2012-2014), refus de participation dans un second (avril 2014, gouvernement Valls), dissidence de parlementaires et de la secrétaire nationale qui entrent au gouvernement…

Proportionnellement au nombre d’adhérents, EELV est, probablement, le parti qui a fourni le plus de ministres durant le quinquennat. Pour un parti qui voulait faire de la politique autrement… Ces variations serpentines ne donnent satisfaction ni aux partisans d’une totale autonomie vis à vis du du PS, ni à ceux qui veulent un alignement sur celui-ci et participer au gouvernement. D’où fuite des adhérents, démission de parlementaires et de certaines personnalités…

Si les effectifs de EELV varient suivant les interlocuteurs de 3 000 adhérents d’après Emmanuelle Cosse, ancienne secrétaire nationale, à 8 000 selon Sandrine Rousseau, porte-parole, contre 16 000 en 2010… la comparaison du nombre de participants au premier tour des primaires en 2011 et en 2016, ouverte aux sympathisants, permet de se faire une idée du rayonnement de l’organisation.

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Sur le tableau 3, on peut de voir que le nombre d’inscrits et de participants a diminué de moitié entre ces deux dates. Certes, le duel Eva Joly-Nicolas Hulot constituait une affiche incitant plus à la participation que la compétition entre Cécile Duflot, seule candidate de la primaire à être connue nationalement du fait de ses anciennes fonctions à EELV et au gouvernement et 3 concurrents aussi peu connus, en dehors des militants, que les députés européens en France, quelles que soient leurs qualités. Ce que confirme le pourcentage des suffrages favorables aux 2 candidats arrivés en tête : 90 % en 2011, 66 % en 2016.

Tableau 3 : Résultats de la primaire organisée par les Verts en vue de la présidentielle en 2011 et 2016.

2011

2016

Candidats

Voix

%

Candidats

Voix

%

Eva Joly

12 571

49,74

Yannick Jadot

4 395

35,61

Nicolas Hulot

10 163

40,22

Michèle Rivasi

3 723

30,16

Henri Stoll

1 269

5,02

Cécile Duflot

3 013

24,41

Stèp. Lhomme

1 172

4,64

Karima Dellii

1 212

9,82

Inscrits

32 896

100

Inscrits

17 146

100,00

Participation

25 437

77,33

Participation

12 582

73,38

Exprimés

25 274

22,67

Exprimés

12 343

98,10

Les résultats de cette primaire permettent de dire que la candidate considérée par beaucoup comme la plus légitime, certains pensaient qu’elle serait élue au premier tour, a été rejetée par plus de 75 % des suffrages exprimés. Qu’il faudra beaucoup de talents au candidat ou à la candidate de EELV pour se faire entendre lors de l’élection présidentielle. Que le rêve d’un élargissement a échoué au moment où l’écologie est, plus que jamais après les accords de Paris, sur la place publique et dans l’esprit de tout un chacun.

Le Moment FdG

Le NPA voulait devenir un parti révolutionnaire qui compte, comme le PCF à une certaine époque. EELV voulait entrer dans la cour des partis à vocation gouvernementale dépassant le stade du strapontin. Le FdG avait une autre ambition devenir la première force à gauche.
La méthode est aussi différente. La LCR voulait une croissance sous contrôle, pour se dépasser : la LCR en plus grand. EELV a été impulsé par une forte personnalité qui était plus à l’extérieur que dans le parti des Verts et qui voulait modifier à la fois sa ligne et son fonctionnement. Qui était plus imaginatif que structurant.

Le FdG était un cartel électoral pour les élections européennes de 2009, au départ… Il regroupe plusieurs organisations dont la principale est le PC et son réseau national de militants et d’élus, le Parti de gauche (PG) et la Gauche unitaire (GU). Puis la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), République et socialisme, Parti communiste des ouvriers de France, Gauche anticapitaliste et Convergence et Alternative, venues du NPA, et Alternatifs.

Le FdG obtient des résultats variables suivant les élections mais loin de son ambition : 6,47 % et 5 élus aux européennes de 2009 (3 PC dont 2 sortants, 1 PG, Jean-Luc Mélenchon, 1 élue de la société civile) ; 5,84 % aux régionales de 2010 ; 10,38 % aux cantonales de 2011 : 6,91 % et 10 élus (7 PC, 2 FASE, 1 PG) aux législatives de 2012.

Ce qui fait date, c’est le résultat de l’élection présidentielle de 2012 où le candidat du FdG, Jean-Luc Mélenchon, obtient 11,11 % des suffrages soit 3 985 298 voix, et se classe en quatrième position. Pour la première fois, depuis l’élection présidentielle de 1981 et les 15,35 % de Georges Marchais (PC), un candidat à la gauche du PS franchit la barre des 10 %. Ce succès n’a pas de suite lors des élections suivantes : 6,61 % et 4 élus aux européennes de 2014 et aucune liste n’obtient 3 % lors des régionales de 2015.

Ces résultats exacerbent les désaccords entre le PC qui cherche des alliances larges, surtout en direction du PS pour s’assurer l’élection ou la réélection d’élus locaux, et une ligne autonome en opposition avec le PS. C’était déjà visible aux régionales, cela devient évident pour les municipales de 2014 où les alliances sont différentes suivant les villes, en fonction des intérêts locaux, enlevant toute cohérence à une ligne FdG.

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Le Moment La France Insoumise

La présidentielle approche. Les primaires de la droite et du centre, de EELV, du PS occupent l’espace médiatique. Le PS est un champ de ruines en plein désarroi. A bout de souffle. Va-t-il continuer, faisant les fonds de tiroir à chercher un candidat ou une candidate expiatoire ayant le courage d’assumer toute la misère du PS. Et son enterrement pour un bout de temps. Ou l’urne magique de la primaire livrera-t-elle un candidat ou une candidate capable de tracer un nouveau projet et faisant l’unité de toutes les écuries du PS ? Le PC est-il prêt à une alliance avec le PS, quelle que soit son orientation, pour assurer la survie difficile de quelques mairies et sièges parlementaires ?

Constatant la mort de fait du FdG, Jean-Luc Mélenchon quitte la direction du PG, confirme, en février 2016, sa candidature à la présidentielle en dehors de tout parti et lance le mouvement citoyen la France insoumise.

Le but de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, à l’évidence, n’est pas de renforcer un parti. Puisque c’est une initiative individuelle, sans base partidaire même si le PG et quelques petits partis de gauche apportent immédiatement leur soutien. Jean-Luc Mélenchon place la barre très haut. Il veut, par cette candidature gaullienne, au delà des partis, être qualifié au premier tour et ensuite élu à la présidence.

La France insoumise réunit toutes les personnes qui soutiennent la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Elles doivent, à partir de L’Humain d’abord, programme électoral du FdG de 2012, élaborer le programme de 2017, L’Avenir en commun : partage des richesses, planification écologique, sortie des traités européens et… du nucléairePlus de 3000 amendements ont été proposés par internet…
Une nouvelle étape a été franchie avec la réunion de la Convention, à Lille, avec un millier de participants dont 650 ont été désignés par tirage au sort, à parité, à partir de volontaires, parmi les 130.000 soutiens à la candidature. Les autres sont des syndicalistes, militants écologistes et sociaux et des membres de mouvements politiques.

La démarche de Jean-Luc Mélenchon est par certains cotés paradoxale : utiliser la monarchie constitutionnelle de la V° République pour passer à la Constitution de la 6°, s’engager dans une campagne hors des partis quand on a été militant pendant des décennies dans un parti…

Mais le moment France insoumise est bien différent des moments précédents. Quant aux méthodes, avec la participation des soutiens à la candidature, tirés au sort pour participer directement à la Convention, quant au programme qui a progressé en faisant de l’écologie une question centrale, quant à l’utilisation des moyens informatiques pour suivre la Conventions en direct… .

Reste à savoir si la France insoumise arrivera à déclencher une véritable révolution citoyenne, permettra à Jean-Luc Mélenchon de collecter les 500 signatures nécessaires pour se présenter à la présidentielle, les conflits avec le PC ne faciliteront pas les choses. Il a été dit récemment qu’il en avait 270. Il doit tripler le nombre de voix du premier tour de 2012 pour participer au second tour et bien plus pour être élu…
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que si, la présidentielle est la mère de toutes les élections, les législatives auront lieu peu après. La France insoumise doit se préparer, dès aujourd’hui, à présenter des candidats (choisis par tirage au sort ?) dans toutes les circonscriptions pour organiser le soutien au nouvel élu en cas de victoire ou la résistance en cas de défaite.

Le moment La France insoumise est en cours, pour aboutir, il lui faut susciter une véritable révolution citoyenne !

Pour la gauche, est-ce enfin le bon moment ?

Gouverner, c’est choisir !

Gouverner, c’est choisir*. Avec ce critère, on ne peut pas dire que Hollande ne gouverne pas. Il avait le choix entre le programme du candidat François Hollande à l’élection présidentielle de 2012 (25,63 % de voix au premier tour, 51,64 % au second), le programme du François Hollande de la primaire socialiste (39,17 % au premier tour, 56,57 % au second), il a choisi celui de Manuel Valls à la primaire (5,63%). C’est un choix, on peut même dire que c’est un choix courageux : contre lui-même, contre son programme, contre son parti, contre ses électeurs… Mais est-ce un bon choix ?

C’est un choix dans la tradition « socialiste » : choix de Guy Mollet, élu pour faire la paix qui a enfoncé la France dans la poursuite et l’aggravation de la guerre d’Algérie ; choix de François Mitterrand, élu pour « changer la vie », qui a enfermé la politique économique française pour des années dans les critères de Maastricht ; choix de François Hollande qui devait renégocier les traités européens et qui s’est coulé dans ces traités comme François Mitterrand dans un régime présidentiel qu’il avait fortement critiqué.

Gouverner, c’est choisir

Mais choix funeste pour la démocratie. Car de nombreux électeurs ont voté François Hollande pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy. Dans la forme, c’est un succès : les tics, les gesticulations ont disparu : quant à la politique, la différence est moins nette.
Le chef de guerre Nicolas Sarkozy a fait intervenir l’armée française en Libye et renverser le colonel Khadafi avec pour résultat l’éclatement de la Libye et la contamination du Sahel. Ce qui a permis à François Hollande de paraître, un instant, en chef de guerre acclamé au Mali. Mais non en chef de paix.

Qu’importe, le voici encore (sous-) chef de guerre au Proche-Orient avec le succès que l’on connaît, notamment en France.

Maintenant, chef de guerre en France, car « la France est en guerre», comme il l’a déclaré devant le Congrès, trois jours après les attentats du 13 novembre.
De « Vigipirate » à « Vigipirate renforcé » (opération « Sentinelle », un million d’euros par jour). De l’« état d’urgence » à « état d’urgence prolongé », jusqu’à la fin de la guerre (?)… Avec toujours le même succès.

A cela, il faudrait ajouter les discours, les textes législatifs et les initiatives qui, même si elles n’ont pas toujours abouti, poussent droite et extrême droite à faire de la surenchère répressive : tout ceci de plus en plus dangereux pour les libertés démocratiques.

Ainsi on a vu des députés faire des propositions « détonantes », pour respecter l’orthographe du Figaro (20/07/16) : Georges Fenech (LR) : « Un Guantanamo à la française serait la solution la plus simple ». Alain Marsaud (LR): « Je me défends, je porte une arme… On ne peut pas laisser seulement les violents, les assassins, porter des armes ». Jacques Bompard : « Faire sauter l’État de droit ». Henri Guaino (LR) « Il suffit de mettre à l’entrée de la Promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquettes et il arrêtera le camion ». Marie-Christine Arnautu, eurodéputée, suspendue du bureau exécutif du FN : « peine de mort… et fin de l’immigration ». Olivier Dassault (LR) déjà pour le rétablissement de la peine de mort depuis 2004 : peine capitale en France « pour les auteurs d’actes terroristes ».

Pour être un chef de guerre efficace, il faut s’assurer bien sûr de la victoire à l’extérieur et prévoir une suite politique à cette victoire éventuelle mais aussi se préoccuper du soutien et de l’unité de la base arrière : être un chef de la paix extérieure et de la paix intérieure. Ce ne semble pas être le cas de François Hollande dont les deux préoccupations majeures demeurent les interventions extérieures et l’impossible respect des critères de la politique économique européenne, difficilement réalisable sans augmenter les impôts ou diminuer les budgets sociaux qui assurent le lien social, la cohésion sociale…

Gouverner, c’est choisir

Restent possibles des déclarations ou des mesures symboliques qui doivent s’adresser à tous et notamment aux couches les plus fragiles de la population. On ne peut se contenter des incantations sur le refus des amalgames, sur la nécessité de l’unité nationale. On ne peut se contenter de satisfaire le Medef avec des mesures fiscales, sans contre-partie, et la mise en question du Code du travail contre l’avis de la population (si l’on en croit les sondages), contre l’avis de la majorité des syndicats (gréves et manifestations), contre l’avis des députés (utilisation du 49-3). Quand on diminue les subventions aux associations, quand on refuse de tenir ses promesses de codifier les contrôles d’identité, quand on veut constitutionnaliser la déchéance de la nationalité, mesure inefficace mais combien symbolique ! Quand on traite le Congrès de Versailles comme un banal congrès du parti socialiste, terrain de manœuvre pour piéger, d’ailleurs sans succès, ses adversaires politiques !

Avec pour effet de stigmatiser et d’exacerber les sentiments d’exclusion des uns et des autres.
Au lieu de faire monter, par des déclarations, par des mesures inefficaces, les tensions au sein de la population, le gouvernement comme l’opposition, devraient se préoccuper de construire l’unité populaire. A défaut, les uns et les autres seront responsables de la montée des affrontements aujourd’hui verbaux. Sans donner un coup d’arrêt aux vocations criminelles.

Le pays, il n’est pas le seul, traverse des moments difficiles avec de nombreux problèmes : en plus de la vague d’attentats, chômage de masse depuis trois ou quatre décennies et augmentation des inégalités quel que soit le gouvernement ; interventions militaires qui jettent sur les routes (ou à la mer) des milliers de candidats à l’émigration et à l’asile ; perte d’influence au niveau européen et mondial ; mise en question du système social par la suprématie du capital financer, développement de l’individualisme et affaiblissement de la solidarité et des sentiments démocratiques…

Dans cette situation, il n’y a pas de projet politique qui donne un sens à la vie des gens et notamment des jeunes en dehors de la consommation. Il n’y a aucune proposition politique en dehors de l’ultralibéralisme ambiant (la lutte de tous contre tous, le culte de la réussite individuelle) et le repliement sur soi, sur la grandeur passée, sur la nostalgie. Aucune utopie créatrice, propre à développer un engagement.

Pour s’adapter à la modernité proclamée, la gauche, pas seulement la gauche de gouvernement, a déconstruit ou abandonné toutes ses valeurs : classes sociales, lutte des classes, nation, laïcité, liberté, égalité, solidarité…

Gouverner, c’est choisir

La catastrophe n’est pas la défaite électorale annoncée de la gauche en 2017. C’est l’absence de toute espérance dans un avenir meilleur pour de larges couches de la population. C’est la prise de conscience, par beaucoup, de la vanité de la démocratie proclamée quand les politiques « compétents » contestent la démocratie directe et annulent les résultats du référendum comme en 2005 ou déconsidèrent la démocratie représentative quand les politiques se font élire sur un programme et en appliquent un autre.

Désespérance, démocratie bafouée, apparaît alors la menace de l’autoritarisme qui pointe derrière des mesures de plus en plus sécuritaires, toujours aussi peu efficaces.

* Pierre Mendès-France

Les « casseurs », les « radicalisés » et les autres…

Les « casseurs », les « radicalisés » et les autres…

La France semble coupée d’une partie importante de sa jeunesse.

Il ne peut y avoir, ces temps-ci, de manifestation populaire à Paris sans que des groupes de jeunes ne l’utilisent et prennent la tête du cortège pour s’attaquer aux vitrines des banques, des assurances puis du mobilier urbain et finalement de n’importe quoi avec notamment l’Hôpital Necker qui a soulevé une large indignation, pas toujours désintéressée.

Les « casseurs », les « radicalisés » et les autres…

Une autre partie de la jeunesse de ce pays est séduite par Daech et, avec ou sans séjour au Proche-Orient, s’engage dans des attentats de masse dont le plus meurtrier a été celui du Bataclan. Avec un nouveau développement, l’attaque individuelle, comme celle des policiers de Magnanville.

Il va de soi que ces actes ne sont pas de même nature, sauf peut-être pour Manuel Valls qui a parlé de « volonté de tuer », à propos des certains « casseurs ». Pour les uns comme pour les autres, il ne peut être question, aux yeux de Manuel Valls, de chercher à comprendre : « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé », avait déclaré le premier ministre au Sénat, deux semaines après les attaques de novembre 2015 (Le Monde 03/03/16). Et fier de sa trouvaille, il n’a pas manqué de la répéter à d’autres occasions.
Disqualifiant ainsi le travail fait dans le cadre du CNRS sur les questions des violences urbaines depuis les années 1980 et sur les attentats depuis janvier 2015.

De même, il doit être inutile de comprendre les événements qui se sont déroulés dans les banlieues en 2005 à la suite de la mort des jeunes Zyed et Bouna. Les dégâts matériels avaient été très importants touchant des voitures, incendiées, des entreprises mais surtout des établissements publics au service de la populations (écoles, gymnases, maisons de quartier…). Ce qui avait entraîné une importante répression policière avec la proclamation de l’état d’urgence, déjà, et l’interpellation de milliers de personnes dont 600 avaient été écrouées (Le Monde 26/10/15). Ici encore, il ne doit pas être nécessaire de comprendre pourquoi et comment.

Cependant, à la suite de ces événements, un important travail de rénovation a été entrepris qui a considérablement modifié le bâti. Malheureusement, cet effort, indispensable, n’a pas modifié fondamentalement la vie des jeunes. Leur taux de chômage est de 45 % contre 23 % dans les quartiers hors ZUS. 72 % des habitants de ces territoires considèrent que la rénovation urbaine n’a pas changé leurs conditions de vie.
Les dégâts d’un chômage qui dure maintenant depuis des dizaines d’années ont été en partie « compensés » par une économie de survie : travail au noir et trafic de drogues. Tandis que la vie associative était remise en question par les restrictions budgétaires, favorisant le repli et le développement de l’influence religieuse.
Bien entendu, le gouvernement connaît largement ces informations qui n’excusent peut-être pas le comportement des jeunes mais mettent en question la politique des gouvernements de droite et de gauche…
Manuel Valls a raison, comprendre ou ne pas comprendre ne change pas beaucoup le comportement des gouvernements.

Les gouvernements, d’hier et d’aujourd’hui, connaissent très bien les taux d’abstentions à toutes les élections qui sont particulièrement élevés chez les jeunes qui estiment – à tort ? – que le monde politique, journalistes et politiciens confondus, est à des années-lumière de leurs préoccupations. Aux dernières élections régionales, le premier parti de France était celui des abstentionnistes : 50 %. Mais concernant les 18-24 ans, il était de 64 % et les 25-34 ans, 65 %. Les ouvriers sont aussi les plus touchés par abstention : 61 %
Certains politiques ont trouvé le remède : rendre le vote obligatoire ! Sauf que lorsqu’ils votent, les jeunes comme les ouvriers votent plus que les autres pour les partis de contestation que pour les partis de gouvernement.
Dans cette « démocratie représentative », une bonne partie de la population n’est pas représentée au Parlement, se sent exclue. Et ce n’est qu’une petite minorité qui vote pour les partis de gouvernement.

Les « casseurs », les « radicalisés » et les autres…

Il est certain que les choses vont changer profondément lors de la prochaine élection présidentielle. Qui se prépare déjà. A droite comme à gauche, dans la presse écrite ou radio-télévisée, cette élection est d’une actualité permanente. Dans la primaire de droite, dans la primaire de gauche, les paris couplés ou gagnants sont ouverts. Mais la politique ? Le sort des jeunes ?
Dérisoire !

A cela, va, probablement, s’ajouter le débat sur l’Union européenne. Avec l’affrontent de ceux qui veulent en sortir ou non mais, au Royaume-Uni, le cafouillage touche aussi bien ceux qui sont pour le Brexit que ceux qui sont contre. La confusion est moins spectaculaire en France et dans l’Europe mais tout aussi importante. Ceux qui veulent continuer l’aventure européenne vont parler de réformes comme ils l’ont toujours fait, comme en 1992 ou en 2005, au moment des référendums, sans que les choses s’améliorent beaucoup, car la politique économique n’a rien changé pour les couches sociales les plus défavorisées.

Les « casseurs » et les « radicalisés » ne sont que la pointe extrême d’une jeunesse dont la majorité ne se voit aucun avenir, que les politiques abandonnent sans scrupule à tous les niveaux économique, social, politique… Quand on ne voit pas d’avenir possible, la tentative est grande du retour à un passé mythifié, national ou religieux.

Qui peut s’enthousiasmer, même légèrement, pour la « politique réelle », comme on dit « socialisme réel » quand on voit ce qui se passe au niveau de la politique nationale ou européenne ? Il n’y a pas là de quoi donner un sens à la vie des jeunes… et de bien d’autres.

Les « casseurs », les « radicalisés » et les autres…
Les « casseurs », les « radicalisés » et les autres…

Mélenchon part en campagne

Mélenchon part en campagne

Jean-Luc Mélenchon, « candidat de la France insoumise », de la France qui refuse la loi El Khomri et le monde qui va avec, a lancé sa campagne pour la présidentielle par une réunion publique, place Stalingrad, à Paris, le dimanche 5 juin 2016 (l’allocution de Jean-Luc Mélenchon est ici).

Mélenchon part en campagne

Dans un premier temps, ont défilé sur l’estrade des militants de secteurs en lutte tandis que sur l’écran étaient projetées les interventions de leurs représentants, entrecoupées de poèmes dits par des « comédiens insoumis ».

Jean-Luc Mélenchon a dit sa solidarité avec tous ceux qui luttent, les déchireurs de chemises, les grévistes, les syndicalistes, les opposants à l’enfouissement des déchets nucléaires de Bure, à tous ceux qui souffrent les chômeurs dont la moitié ne sont pas indemnisés, les 8 millions de travailleurs pauvres, les milliers d’enfants sans toit…

Il a appelé à la grande manifestation du 14 juin contre la loi El Khomri dont personne ne veut : ni les travailleurs en grève, ni la population si on en croit les sondages, ni même les parlementaires puisque le gouvernement est obligé d’utiliser le 49-3 parce qu’il n’a pas de majorité au Parlement pour la voter : le 49-3, « quintessence » de la monarchie républicaine. D’où un appel à voter une motion de censure. Et un appel à changer la Constitution qui a d’ailleurs été modifiée 22 fois, dont 20 fois sans consultation populaire !

La loi El Khomri imposée par la Commission européenne : il aurait été plus juste de dire imposée par tous les gouvernements qui soutiennent la Commission européenne pour soumettre les peuples européens en France, mais aussi en Italie, en Espagne, au Portugal sans parler de la Grèce. Il aurait pu dire aussi que cette mise au pas avait déjà eu lieu en Allemagne avec Gerhard Schröder….

Face à cette Union européenne, il a appelé à sortir des traités européens notamment de celui que Nicolas Sarkozy a négocié et que François Hollande a signé. A rejeter Ceta, Tafta, en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis : traités qui permettraient aux multinationales de traîner devant des tribunaux les gouvernements qui décideraient démocratiquement, de politiques contraires à leurs intérêts. Comme le font des multinationales contre la politique décidée en Australie dans le cadre de la lutte contre le tabagisme et d’autres contre la décision allemande de sortir du nucléaire…

Refuser que la politique soit inféodée aux intérêts, à courte vue, à rentabilité immédiate, des entreprises quelles que soient les conséquences sur les travailleurs ou sur la vie des gens. Le court terme est en contradiction avec le temps long de la réflexion, de la délibération, de la décision, de la démocratie, de la vie, de la nature. En ce sens, la Cop 21 est un événement important mais non décisif. Elle a décidé de limiter le réchauffement climatique à 2° quant il est absolument nécessaire de descendre à 1,5° et que les engagements actuels des gouvernements entraîneront un réchauffement de 3 à 3,5°.

Il est temps de prendre conscience, pour éviter la catastrophe, de la nécessité d’un changement de société, d’un bouleversement du mode de production, du mode de consommation. La France dont s’engager dans ce changement radical. Il est nécessaire et possible de passer à 100 % d’énergie renouvelable. La France en a les moyens. Elle dispose d’ingénieurs, de techniciens, d’ouvriers, y compris ceux d’EDF, compétents pour mener à bien ce changement.
Il ne faut pas retirer à la terre plus qu’elle ne peut produire. Cela suppose d’abandonner la consommation et le paraître pour l’être. Et Mélenchon propose la planification écologique.

Il appelle à l’insoumission démocratique des Français et de la France. Il rejette la violence , aussi bien la violence policière dont il rend responsable les donneurs d’ordre, le gouvernement, que la violence contre les policiers qui détourne l’attention des vrais problèmes et sert le gouvernement !

Mélenchon part en campagne

Pour Jean-Luc Mélenchon, la marche est haute.
Pour obtenir les signatur
es nécessaires pour qu’il puisse être candidat.
Elle est encore plus haute pour réveiller tous ceux qui se sentent abandonnés, méprisés, les déçus de 2012 et de toujours. La foule était nombreuse sur la place Stalingrad. Plusieurs milliers. Mais ils sont des millions que l’on amuse avec les jeux du stade, les bris de vitrine, les sondages et le tiercé politique…

Il a rappelé que la dignité de chacun était dans la lutte, dans la solidarité, dans la coopération et non dans la compétition, dans le savoir faire indispensable et la volonté de construire ensemble une société non seulement plus juste mais vivable.

Lors de ce discours inaugural, il a su éviter les petites phrases assassines qui ravissent les commentateurs et irritent quelquefois au-delà du cercle de ses adversaires. Il a abordé des questions, essentielles, et proposé des solutions radicales qui ont pu étonner certains, y compris parmi ses soutiens. Il a porté le débat au niveau où il devrait être dans cette élection présidentielle.

On ne peut que souhaiter qu’il continue dans ce sens et que chacun réponde, approuve, conteste l’importance des questions abordées et la nature des solutions proposées. Et en aborde d’autres.

Mélenchon part en campagne
Mélenchon part en campagne

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Au niveau de l’Union européenne comme au niveau national, nous vivons dans des sociétés démocratiques : avec liberté d’opinion, d’expression, de circulation… C’est évident, toutes ces libertés sont relatives et sous contrainte légale, financière… Mais bien des personnes au monde seraient heureuses de vivre dans des conditions identiques, qui ne le peuvent pas.
Pour le mode de gouvernement, la démocratie, « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », ne correspond pas à la réalité. Nous vivons dans l’illusionnisme démocratique.

Pas totalement. La baisse du taux de participation des citoyens aux élections dans toutes les démocraties occidentales montre que les citoyens, en nombre croissant, prennent conscience de cette illusion. Ils se désintéressent, de plus en plus, non de la chose publique mais des élections.

Les citoyens n’ont pas confiance dans les institutions, ni dans les partis politiques. Ils contestent leur légitimité. Tous les sondages en témoignent. Les politiques n’ont pas lésiné pour convaincre les citoyens que leur rôle était fictif. Votez aux élections, aux référendums et, quel que soit le résultat, nous ferons notre politique, la seule politique possible.

Au niveau de l’Union européenne, les peuples sont parfois consultés par référendum, la pratique est particulièrement éclairante. Ils ont le choix de voter « oui » ou « non »… à condition de voter « oui ». S’ils approuvent le projet « européen », tout va bien, on ne leur demande jamais de revoter. S’ils le refusent, deux solutions : dans le meilleur des cas, ils doivent revoter pour l’approuver ou bien on se passe de leur consentement et leur erreur de jugement est corrigée en faisant entériner la bonne solution par les élus.
De préférence en Congrès pour rendre ce détournement plus solennel ?

Les Pays-Bas, pays démocratique, a institué le référendum d’initiative populaire. Que les Néerlandais ont, récemment, utilisé pour invalider le traité entre l’Union européenne et l’Ukraine signé par les 28 États de l’Union et entré en vigueur depuis le 1er janvier !
Bizarrerie démocratique : organiser un référendum, qui plus est consultatif, sur un texte déjà entré en vigueur. Que vont faire les gouvernements néerlandais et les autres ? Ce référendum n’est que consultatif. Le gouvernement néerlandais peut passer outre… avec un additif interprétatif qui ne sera pas soumis à approbation ?
Le gouvernement Renzi a résolu la question, de façon plus astucieuse, lors d’un référendum sur les plate-formes pétrolières. Il a demandé à ses partisans de ne pas participer au référendum et, ainsi, le quorum n’étant pas atteint, les résultats du référendum qui lui étaient défavorables, n’ont pas été validés !

Après le vote des Néerlandais, une fois de plus, les « compétents » de l’Union dissertent contre l’organisation de référendums sur les question européennes : trop complexes pour être soumises au « petit » peuple qui paie des impôts pour que ses représentants fassent convenablement le travail à sa place.

Il est vrai que depuis 1992, « ceux qui savent » ne sont pas très satisfaits des référendums organisés dans différents pays de l’Union car « il est horriblement difficile de gagner un référendum sur la question européenne » se plaint Bruxelles ! Souvenirs douloureux de référendums négatifs : Danemark, Suède, Irlande, France, Pays-Bas, Grèce… (1)

Bien entendu, ce n’est pas que la politique de l’Union soit mauvaise puisque les gouvernements des 28 États, en responsables, l’ont approuvée. Tout simplement les peuples ne comprennent pas les subtilités de cette politique.

Quel a été le débat le plus démocratique en France de ces 30 dernières années, si ce n’est celui qui a porté sur le « projet de constitution européenne », discuté dans des milliers de réunions pour ou contre et finalement rejeté par les citoyens français ?
Dans aucune élection locale, nationale ou européenne, les programmes des candidats n’ont été aussi profondément décortiqués. Ce qui serait d’ailleurs une tâche inutile, étant donnée la facilité avec laquelle les représentants se libèrent de ce programme, une fois élus.
Comme cela a été inutile pour le projet de Constitution européenne finalement adopté malgré le résultat du référendum !

Les citoyens ne sont pas compétents pour donner leur avis sur un traité, sur des lois… Mais alors, comment ces citoyens peuvent-ils être compétents pour juger, à la fois, du programme des candidats (au niveau municipal, départemental, régional, législatif, présidentiel, européen) et de leur fiabilité ?
Le tirage au sort des représentants ne serait-il pas une meilleure solution ?

Tout le monde est conscient du désenchantement des citoyens pour le fonctionnement de la démocratie. Tout le monde cherche un remède.

Certains, doutant de leur capacité à séduire les électeurs, proposent de rendre le vote obligatoire… Remplacer le droit par l’obligation n’entraînera pas une amélioration de la démocratie. Peut-être, si la loi est respectée, y aura-t-il une diminution des abstentions. Pour que les électeurs participent activement et efficacement à la démocratie, c’est plutôt le comportement des politiques, élus et partis, qu’il faut changer.

Un autre remède à la mode, à droite comme à gauche, semble être les « primaires » pour l’élection présidentielle. Le succès populaire, la forte participation ont beaucoup étonné lors de la primaire de gauche pour la dernière élection présidentielle. Cette primaire a sélectionné le candidat Hollande et mis en dernière position le candidats Valls.
Finalement, François Hollande a été élu pour faire la politique Manuel Valls !! La synthèse !

Depuis 3 mois, les politiques amusent avec la dizaine de candidats et le non-encore candidat à la primaire de droite. Avec les primaires, ou non, ouvertes ou semi-ouvertes… à gauche. Et les sondages et commentaires quotidiens dignes d’un champ de courses mais qui n’éclairent guère sur les choix politiques des postulants.
Est-on tellement satisfait de la précédente primaire qu’on veuille récidiver ? Pour ne pas se laisser prendre, certains proposent de faire des primaires sur un projet et non sur une personne. Une primaire à double détente ? Car l’élection présidentielle désigne non un programme mais une personne. Qui appliquera ou non un programme. Lequel ? Celui qui aura été adopté ou le sien ?
Le régime présidentiel français, élection directe, article 49-3, droit de dissolution, fait du président un monarque républicain sans contre-pouvoir.
C’est là un défaut fondamental.

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Le souci démocratique est un point essentiel qui anime les discussions et les pratiques des « Nuits debout » sur la place de la République, pourtant nées après une importante manifestation contre la loi « travail ». Ceux que certains qualifient de « conservateurs » parce qu’ils défendent les acquis sociaux, accordent une aussi grande importance à la question de la démocratie bien loin des spéculations sur les écuries de droite ou de gauche en vue de la présidentielle.

Ils cherchent à renouveler la démocratie, en théorie et en pratique. En pratique, c’est évident, il suffit de passer quelques minutes sur la place de la République à Paris, à une commission, il y a de multiples commissions, ou à une assemblée générale, il y en a une chaque jour, pour voir la volonté de faire respecter la démocratie. Qui rend difficile la prise de décisions. Ce que les opposants mettent en relief et moquent. Comme l’absence de porte-parole officiel du mouvement…

Les médias cherchent qui est derrière « Nuits debout ». Certes il n’y a pas plus de « génération spontanée » place de la République qu’ailleurs et on peut donner des noms ou des événements qui ont facilité le démarrage. Mais s’il faut chercher une inspiration à ce qui se passe, elle est peut-être du coté d’un certain anarchisme (2).

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Allant de paire avec la démocratie, la non-violence que la triste aventure d’un récent académicien, ancien-maoïste, a permis de contester dans une bonne partie de la presse.

Cet incident est absolument regrettable et en contradiction avec la volonté de la majorité des participants aux « Nuits debout ». Mais l’ancien maoïste aurait pu se souvenir que, en 68 et après, il n’aurait pas bénéficié d’une protection de la commission « accueil et sérénité », que les opposants n’étaient pas gentiment exfiltrés mais expulsés plus ou moins violemment, notamment par les maoïstes. C’est la constatation que le philosophe aurait pu retenir de cette malheureuse aventure. Il aurait pu se souvenir, par exemple, qu’en 1974,lors de l’opération « Moisson pour le Tiers monde », quelques militants ont évité à François Mitterrand, d’être maltraité par des groupuscules maoïstes (wikipedia). En répondant « fachos » à ceux qui le traitaient de « fascistes », il a montré avec quelle facilité il pouvait se mettre à leur niveau. L’affrontement l’intéressait plus que la compréhension. Le militant a fait taire le philosophe.
Cette volonté de « non-violence », peut-être difficile à faire partager par tous, est cependant une des différences fondamentales avec un certain passé. Et les « casseurs », si casseurs il y a, il n’y en a pas toujours, ne sont pas dans l’esprit du mouvement mais en marge.
La non-violence n’est pas née avec les « Nuits debout ». Mais elle se retrouve actuellement dans de nombreuses manifestations de désobéissance civile, à visage découvert : faucheurs de chaises, rassemblement à Montreuil, lors de la « Cop21 », avec HK chantant « sans haine, sans armes et sans violence », blocage à Paris d’agence de la Société générale très présente dans le nouveau scandale de Panama, à Pau contre le sommet sur les forages pétroliers en haute mer, manifestation tournant en dérision la Fédération Bancaire Française qui organisait une matinée « Ethique ou Conduct : pour une culture de la responsabilité », conclue par Frédéric Oudéa, DG de la Société générale, bien connue des Panama Papers (3)

Des idées sont aussi avancées qui, bien entendu, ne sont pas toutes nouvelles mais qui montrent bien le désir de faire participer le plus grand nombre aux décisions politiques : non cumul des mandats de différents niveaux mais aussi non cumul dans le temps (certains élus, de droite ou de gauche sont députés ou sénateurs depuis pus de 20 ans!), revendication d’une nouvelle constitution rédigée par des « constituants » tirés au sort…

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Utopie, utopie, bien sûr. Utopie qui a été mise en pratique récemment en Islande, pays qui a refusé de payer la crise de 2008 à la place des banques, qui a rédigé une nouvelle constitution (10 % de la population a participé en envoyant des propositions, sans participation de politiciens professionnels), qui vient de pousser à la démission un Premier ministre compromis dans les Panama Papers…
Utopie reprise pour présenter un candidat tiré au sort dans une circonscription législative alsacienne pour mai 2017 !

Utopique certainement, un mouvement qui veut changer le monde. Mais qu’est-ce qui fait avancer les sociétés si ce n’est des revendications considérées comme utopiques… Utopique mais pas conservateur, un mouvement qui défend les acquis sociaux, débat de la réduction du temps de travail, des réfugiés, du chômage, du réchauffement climatique…

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

Utopie pour un mouvement est très minoritaire. Ceux qui participent aux « Nuits debout » le savent tout autant que les journalistes ou les politiques qui surveillent étroitement, le constatent et le proclament. Et touchent du bois pour conjurer le sort. Car nul ne sait ce qui sortira de ce mouvement qui perdure, qui se propage doucement, qui n’a été, pour le moment, déconsidéré ni par les « casseurs », ni par les politiques qui les considèrent avec une certaine appréhension. Éviter l’étincelle…
A manipuler avec précaution ! Éviter ce qui pourrait faire se joindre les étudiants et les jeunes travailleurs, les facultés et les entreprises… Ne pas jeter de l’huile sur le feu, plutôt faire quelques concessions…

Quel que soit l’avenir du mouvement, avec les « Nuits debout », la place de la République à Paris sans oublier les attentats, sans oublier les luttes revendicatives et la défenses des acquis sociaux, est devenue le point de rencontre, le point de parole de personnes qui ne se connaissaient pas. Et qui dialoguent. Et qui essaient de regarder l’avenir. Non seulement l’avenir de ceux qui sont sur la place mais aussi de ceux qui n’y sont pas. Parce qu’ils n’en connaissent rien. Parce que ce la place de la République n’est pas leur monde. Mais chaque jour, sur la place des personnes différentes, limite et richesse, viennent exposer ce quelles ne peuvent plus supporter, ce qu’elles veulent changer, ce qu’elles espèrent.

Et s’il n’en sort rien de plus que ces dialogues ébauchés, il faut espérer que s’il y a sur la place un futur académicien, il s’en souviendra le moment venu. Ce serait déjà un changement.

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE
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La place de la République n’a pas été privatisée par « Nuits debout », ses commissions qui commencent tôt dans l’après midi, son assemblée générale, ses curieux qui viennent de la l’Île de France, des régions ou des étrangers de passage, curieux de voir ce qui se passe. La place appartient à tous et aussi à ceux qui viennent prendre le soleil sur les bancs, faire de la planche à roulette ou profiter des jeux mis en place par la mairie de Paris…
Elle est devenue une agora « multifonctions ».

A LA RECHERCHE DE LA DÉMOCRATIE PERDUE

1 – Les conséquences délétères du « non » néerlandais. Jean Quatremer 10 avril 2016

2 – Il s’agit principalement d’une tendance qui nourrit soupçon et doute sur la domination, sur l’autorité, et sur la hiérarchie. Elle recherche les structures de hiérarchie et de domination dans la vie humaine sur un spectre allant, disons, des familles patriarcales jusqu’aux systèmes impériaux, et elle se demande si ces systèmes sont légitimes. Elle présuppose [aussi] que la charge de la preuve [de cette légitimité] repose sur tous ceux qui sont dans une position de pouvoir et d’autorité. La légitimité de leur autorité n’est pas automatique. Ils doivent en rendre raison, donner une justification. Et s’ils ne peuvent justifier cette autorité, ce pouvoir et ce contrôle, ce qui est habituellement le cas, alors l’autorité doit être démantelée et remplacée par quelque chose de plus libre et de plus juste.
http://www.noam-chomsky.fr/lanarchisme-auquel-je-crois/

3 – Nous appelons à participer à cette action de désobéissance civile dans l’esprit de l’action non-violente, assumée et menée à visage découvert, en respectant les personnes et les biens tout en affichant notre détermination à faire changer cette situation d’injustice. Sur place, nous ne dégraderons rien, nous ferons uniquement usage de méthodes et techniques non-violentes, et nous ne participerons pas à la surenchère. Nous sommes attaché·e·s à garantir la sécurité des individus présents sur les lieux de nos actions. Appel à participation aux actions de désobéissance civile.