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Le Cercle des poètes disparus

Le Cercle des poètes disparus

L’arrivée d’un nouveau professeur de littérature anglaise dans l’école de Welton, dans le Vermont (États-Unis), réputée comme étant l’une des plus fermées du pays, va bouleverser le fonctionnement traditionnel d’une classe avec des conséquences dramatiques.
Le cercle des poètes disparus (1) est sorti en 1989. Les premières minutes du film décrivent la préparation et le déroulement de la cérémonie d’ouverture de l’année scolaire 1959. Cérémonie quasiment religieuse dans un bâtiment qui fait penser à un temple ou à un collège anglais, avec grands tableaux allégoriques édifiants… Dans le chœur siègent l’encadrement et le corps professoral. Dans la nef, élèves et parents. Tandis qu’arrive la procession de trois jeunes et nouveaux élèves, suivis de plus anciens avec bannières proclamant les valeurs de l’école, Tradition, Honneur, Discipline, Excellence, un sonneur de cornemuse en kilt et un membre de l’administration porteur d’une bougie, Lumière du savoir, qu’il va transmettre à un jeune et nouvel élève qui, lui même…
Le directeur délivre son message sur l’excellence de son établissement qui ravit les parents assurés qu’ils ont fait le bon choix en confiant leur progéniture à cette école : 75 % d’admissions aux universités de l’Ivy League, les plus prestigieuses des États-Unis… Et annonce que M. Keating, le nouveau professeur d’anglais, ancien brillant élève de Welton, venant de l’université de Chester à Londres remplacera son prédécesseur parti à la retraite…

Dernières salutations, derniers conseils, dernières mises au point. Les élèves s’égaillent dans leur chambre, les anciens se retrouvent, avec les nouveaux, allument des cigarettes, parodient la cérémonie : Travesti, Horreur, Décadence, Excrément… Contestation potache, le moule n’a pas encore fait totalement son effet… Mais le père de Neil revient pour lui rappeler qu’il ne peut s’écarter du chemin qu’il a tracé pour lui.

Dehors, la campagne est belle, vêtue des couleurs de l’automne, parcourue par d’innombrables oiseaux qui virevoltent, libres. Leurs cris se mêlent à ceux des élèves qui, dedans, presque aussi nombreux, parcourent bruyamment la « cage » d’escalier. Prisonniers. De l’ambition de l’école et de leurs parents. Vus en contre plongée. Ici c’est la caméra qu virevolte. Comme elle virevolte quand les élèves sautent d’un lit à l’autre se poursuivant pour une feuille, un essai d’écriture d’un poème, dérobée.

Si des activités extrascolaires sont nombreuses – journal, jeux d’échecs, escrime, bicyclette, fléchettes, expériences scientifiques personnelles – le but de l’école est de transmettre le maximum de connaissances, « le reste viendra ensuite » dit le directeur M.Nolan.

Le Cercle des poètes disparus

Alors que les trois professeurs classiques, entrevus, font leur cours debout au milieu des élèves assis à leur table, imposent le travail, l’ennui, la discipline menaçante, le nouveau professeur les amène en bras de chemise, sifflotant, dans le hall de l’école. Professeur et élèves, également dominés et réduits par la puissance de l’établissement et la force de la vue plongeante du haut de l’escalier, annonce de leur écrasement.

Face aux photos des générations précédentes et glissé au milieu des élèves, le nouveau professeur fait entendre la voix de ces anciens qui ont, eux aussi, été jeunes et ambitieux, qui maintenant nourrissent les vers… Keating leur prête sa voix : carpe diem… profitez du moment… soyez extraordinaires… Avec l’espoir d’encourager le refus du conformisme, l’épanouissement des personnalités, le goût de la liberté… Ce qu’il essaie de faire, aussi, à travers diverses activités, peu habituelles pour un professeur de lettres : arracher la préface de leur livre de littérature due à un éminent professeur, marcher dans la cour pour trouver sa voie, monter sur la table pour voir le monde sous un autre angle, jouer au football pour l’émulation, réciter son propre poème face à la classe…

Le plus souvent filmé parmi les élèves, à leur niveau, Keating les oblige à s’approcher de lui quand il parle : dans le hall – face aux photos -, dans la classe – quand il leur glisse qu’on fait des poèmes par amour, parce qu’on est membre de l’humanité – , dans le pré quand il révèle le cercle des poètes disparus…

Ayant fouillé dans les archives de l’école, les élèves découvrent en effet que M.Keating, élève, était, à son époque, l’animateur du cercle des poètes disparus, romantiques qui se réunissaient dans une grotte des environs. Ils se retrouvent à sept, pour redonner vie à ce cercle, dans cette grotte inspirée, caverne de Platon ? Contre-image de l’école-temple ? Foyer de créativité ?

Dans cet espace restreint, secret, ils vont recréer les vieux rites, fumer, boire, pique niquer, raconter des histoires, réciter des poèmes, jouer du saxophone, faire venir des filles… goûter à la liberté clandestine. C’est dans cet espace libéré que trois d’entre eux puiseront le courage de dévoiler et d’assumer leur rêve.

L’un décide de se déclarer, avec risques, à la plus belle fille jamais vue… Quand il enfourche la bicyclette pour aller la rejoindre dans l’école voisine, follement, à travers près, il soulève des nuées d’oiseaux qui témoignent de la liberté conquise…
C’est là que le plus brillant d’entre eux, qui été à l’initiative de ce nouveau cercle des poètes disparus, annonce sa décision de devenir acteur envers et contre tout.
C’est dans cette grotte qu’un autre annonce qu’il a publié, dans le journal de l’école, un article non autorisé, signé le cercle des poètes disparus et qu’il assumera sa vocation de poète en prenant le nom de Nuwanda.

Dans la grande salle voûtée de l’établissement où s’était déroulée la cérémonie d’ouverture emplie de parents satisfaits, de jeunes assurés ou inquiets devant l’année nouvelle, dans cette salle sont solennellement réunis tous les élèves de l’établissement. Là où le défilé de quelques élèves avait rempli de sympathie heureuse l’assistance au son de la cornemuse, déboulent le directeur et tout l’encadrement avec la détermination bruyante d’un commando. Menaçant. Pour connaître l’auteur de l’article non autorisé.
Un téléphone sonne, Nuwanda se lève, annonce une communication téléphonique pour le directeur ! Dieu demande la mixité dans l’école ! Châtiment corporel et expulsion seront la réponse.

Le combat le plus dur, qui finira mal, est celui de Neil qui veut devenir acteur contre la volonté non de l’établissement mais de son père, rigide, inflexible, qui veut en faire un médecin. La royale couronne de théâtre sera sa couronne d’épines.

Ce film, enlevé, dramatique mais réjouissant, se déroule en 1959, bien avant la révolte estudiantine de 1968 qui a aussi commencé en France autour d’une revendication de mixité. Mais ici, la révolte ne touchera que la moitié des élèves d’une classe et tout rentrera, pour cette fois, dans l’ordre. Avec cependant de graves dégâts…

Sorti à une époque de forte contestation de l’enseignement traditionnel, le film a reçu un bon accueil auprès de la critique et du public.

Le Cercle des poètes disparus

1 – Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society), Réalisation : Peter Weir, Scénario : Tom Schulman, Musique originale : Maurice Jarre, États-Unis, 128 mn, 1989, ressorti en 2004

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Le Troisième Homme

Le Troisième Homme est, dans mon souvenir, un très beau film policier, en noir et blanc, illuminé par le visage, le sourire d’Orson Welles et porté par un air de cithare.

C’est d’ailleurs, la cithare et son jeu de cordes qui ouvrent le générique avec l’air qui accompagnera le film tout au long. La Vienne de 1948 où se déroule l’histoire, est présentée dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire : à moitié détruite, Vienne a perdu sa splendeur d’avant guerre, son indépendance, son unité, démembrée, divisée en secteurs sous l’autorité des forces d’occupation étasunienne, britannique, russe et française et livrée à des trafiquants sans scrupules qui profitent des pénuries et jouent de la division des autorités.
Cette Vienne de l’après-guerre est peut-être le personnage principal du film. Une Vienne qui enferme les personnages dans ses filets et dont les quelques rares habitants aperçus sont réduits au rôle de passants, de figurants.

Le Troisième Homme

C’est dans cette ville-piège, partagée en deux camps, que débarque l’innocent, le naïf Holly Martins (Joseph Cotten), auteur de romans populaires, qui vient retrouver son vieil et fascinant ami, Harry Lime (Orson Welles) qui lui a promis un emploi.
Malheureusement, il arrive le jour de
son enterrement, victime d’un accident de voiture devant son domicile.

L’accident s’est produit en présence de deux amis de Harry, Kurtz et Popesco, qui ont transporté son corps. Sur les lieux, Kurtz raconte les circonstances de l’accident. Au moment de se quitter, ils croisent un policier autrichien qui fait sa ronde banale, passant entre les deux amis de Harry, séparant le bien et le mal. Popesco confirme, un peu plus tard, le récit de Kurtz. Mais d’après le gardien de l’immeuble, trois personnes ont transporté le corps de Harry.
Cette contradiction rend l’accident rapidement suspect à Holly Martins et le pousse à la recherche de ce Troisième homme. Contre la police qui soupçonne son ami d’être à la tête d’un trafic criminel, il entreprend sa propre enquête en interrogeant les quelques amis de Harry, entrevus au cimetière. Pour établir la justice.

Jusqu’au coup de théâtre. Un soir, sortant un peu éméché de chez Anna Schmidt (Alida Valli), l’amie de Harry, il aperçoit un homme qui se cache dans l’embrasure d’une porte, avec un chat à ses pieds, le chat qui, d’après Anna, n’aimait que Harry. Suite aux interpellations tapageuses de Martins, une fenêtre s’allume, éclaire furtivement le visage de l’inconnu : Harry. Martins s’élance, une voiture passe. La porte est murée. Harry a disparu. Harry qu’il finira par retrouver.

Ce film noir où humour et cynisme se côtoient, pose la question de savoir qui est bon et qui ne l’est pas, que peut l’amitié ou l’amour face à la découverte du pire. Le major Calloway (Trevord Howard) et Anna conseillent à Martins de ne pas s’occuper de cette affaire qui ne peut rien apporter maintenant à Harry, décédé.
Tout au long du film qui se déroule essentiellement la nuit et, dans la journée, souvent en intérieur, l’angoisse naît des sous entendus menaçants de quelques conseils des amis de Harry. Du dialogue de Martins avec Harry retrouvé, en haut de la Grande roue où les propos de Harry laissent percevoir à la fois ses sentiments et son cynisme effrayant.
Surtout
l’atmosphère du film est créée, dès le début, par la silhouette des amis de Harry, les expressions du visage et le regard de Kurtz, le décor de l’appartement du Dr Winckel, les cadrages débullés, des lumières et des ombres, de l’ombre du marchand de ballons, les places et les rues désertes aux pavés luisants, les visages en gros plans, inquiets ou inquiétants des quelques Viennois, les multiples canaux des égouts d’où viennent des voix ou des aboiements qui se referment sur un Harry aux abois. Du sourire séduisant, narquois, menaçant, sûr de lui-même et finalement vaincu et consentant.

Le Troisième Homme

Harry Lime est le troisième homme qui donne son sens, son intensité au film par le manque que crée son absence pendant la première heure du film, et l’éclat de son apparition dans une embrasure de porte et de sa présence imposante dans la suite du film. Il est le personnage vers lequel convergent tous les autres : le moteur du groupe criminel avec Kurtz et Winckel (et Popesco et ses deux hommes de main) ; le séducteur d’une amitié de vingt ans de Martins et de l’amour d’ Anna ; la cible de l’enquête policière de Calloway (qui a son portrait sur sa table comme Montgomery avait celui de Romel) et du sergent Payne son adjoint (Bernard Lee). Tous en sont marqués.

Dans le parallélisme entre l’amour de Anna et l’amitié de Holly, c’est l’amour qui domine. Lors du premier enterrement de Harry, Anna s’en va sans jeter un peu de terre sur le cercueil comme si elle sentait qu’il n’est pas là. Tandis que Martins fait le geste traditionnel avant les complices de Harry qui savent. Lors du second enterrement, elle accomplit le geste. Malgré la gravité des crimes qu’elle connaît maintenant, un lien demeure avec Harry tel qu’il était. Martins ne le fait pas. Ce geste était naturel quand Harry était son ami. Il ne l’est plus. Il assume sa rupture, sa trahison.
Pourtant si Harry n’avait pu être là au moment de l’arrivée à Vienne de son ami, il avait organisé sa prise en charge, il pensait à lui pour un emploi, confiant, il s’est rendu aux deux rendez-vous que lui a propo Martins. Le second lui a été fatal.

Visage lumineux d’Orson Welles, dominateur et angoissant en haut de la Grande roue ; vaincu, au sourire toujours ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue. Harry, le seul aimé d’amour et d’amitié, finalement trahi et puni par son plus vieil ami. Harry Lime, finit seul. Nous l’aimions tous les deux, qu’avons nous fait pour lui, dit Anna.

Après l’enterrement, Anna avance dans l’allée du cimetière, aux arbres nus d’où tombent les dernières feuilles d’automne, passe devant Martins qui a trahi pour lui rendre la liberté, et devant nous, sans un regard, quitte le cimetière. Seule devant un mauvais choix : refuser les papiers qu’elle peut récupérer et être expulsée ou les accepter et repartir avec Martins, éventuellement. Récompense d’une trahison qu’elle n’a pas commise.

1 – Le Troisième Homme (The Third Man) de Carol Reed, sur un scénario de Graham Greene, tourné en1948 à Vienne, sorti en 1949, Grand Prix au Festival de Cannes, avec une musique, Thème d’Harry Lime, composé et joué par Anton Karas. Avec Joseph Cotten (Holly Martins), Orson Welles (Harry Lime), Alida Valli (Anna Schmidt), Trevord Howard (major Calloway), Bernard Lee (sergent Paine).

Le DVD du film existe avec un bonus fort intéressant.

Le Troisième Homme de Graham Greene existe en Livre de Poche

Bonus

Comme dans le jeu du cadavre exquis (1), les trois premiers films vus dans le cadre du Cercle des Chamailleurs (2), choisis indépendamment par trois personnes, ont étrangement des parentés et des différences qui enrichissent la vision de chacun grâce aux deux autres.

J’avais oublié La fiancée du pirate, je me souvenais de Miracle à Milan, de toute l’histoire, presque image par image. Le Troisième homme, vu deux fois dont une, à Vienne, à quelques pas de la Grande roue où nous étions montés, restait, dans ma mémoire, comme un film noir, illuminé par le visage d’Orson Welles et la musique du film.

1 – Les trois sont historiquement situés mais de façon bien différente.

La fiancée du pirate, film sorti en 1969, s’inspire nettement de l’esprit de 1968 même s’il n’en montre pas une image et n’en parle jamais. Tout au plus, peut-il être situé dans le temps, notamment, par la feuille de journal sur la contraception affichée sur la porte de la cabane de Marie. Cet esprit 68 explique, en partie, l’accueil qu’il a reçu à sa sortie notamment dans le mouvement des femmes.

Le troisième homme, sorti en 1949 et Miracle à Milan, sorti en 1959, sont des films de l’après guerre.

Le premier se passe dans la Vienne occupée par les quatre grandes puissances et livrée à tous les trafics. Avec des gens qui essaient de survivre grâce à ces trafics dont certains criminels. La fin du nazisme n’est pas la fin cynisme. Une intrigue policière.

Milan est le cadre du second. Essentiellement un bidonville de Milan dont la cathédrale, reconnaissable, n’est vue que lors de la scène terminale : l’envol des pauvres pour le pays où bonjour veut dire bonjour. Ici, c’est l’humanité des pauvres qui est montrée, toujours dans la misère plus de dix ans après la fin de la guerre, tandis que les riches étendent leur empire avec la complicité des forces de l’ordre et se disputent la suprématie. Un conte néo-réaliste et utopique.

2 – Ces trois films sont aussi bien différents dans la forme.
Miracle à Milan, un conte de fées, dans la grisaille de l’hiver et de la misère : seule la neige est blanche, un rayon de soleil réchauffe momentanément un espace où se précipitent les pauvres… Une comédie dramatique où la seule chaleur véritable vient de la solidarité, de l’optimisme et du sourire de Toto il buono.

La fiancée du pirate, un film satirique, en couleur, sur la noirceur d’un monde paysan agité par la vitalité de Marie et la beauté des différents visages de Bernadette Lafont.

Le Troisième Homme, film policier, en noir et blanc, la nuit, avec lumières et ombres, gros plans de visages inquiétants. Harry Lime, personnage essentiel, n’apparaît que tardivement : lumineux au sourire narquois, la nuit, dans l’embrasure d’une porte-murée ; dominateur et angoissant en haut de la Grande roue ; vaincu, demi sourire toujours aussi ambiguë, devant la mort, dans un égout sans issue.

Le Troisième Homme

3 – Les trois films sont intéressants par leur construction cinématographique.
En quelques minutes, les premières images de Miracle à Milan donnent à voir la naissance de Toto, sa première éducation au bonheur : par de brèves scènes attachées les unes aux autres par des fondus enchaînés qui se recouvrent par le son ou par l’image. Puis, ses premiers malheurs et devenu adulte son accueil solidaire chez les pauvres dans un monde par ailleurs indifférent. Le personnage est posé, son histoire peut commencer.

Les trois premières minutes de La fiancée du pirate annoncent tout le film en deux longs mouvements de caméra qui montrent le milieu terne, paysage et ferme, dans lequel les personnages médiocres vont être perturbés par le prise en main de sa vie par la belle Marie.

Après un générique sur fond de cithare, la Vienne du Troisième Homme est présentée, sous la neige, avec ses bâtiments somptueux et ses ruines, ses troupes d’occupation et ses trafiquants, dans un montage rapide, accompagné d’un commentaire qui surplombe les images et leur donne une certaine unité. Cette Vienne de l’après guerre et qui enferme les personnages dans ses filets.

4 – Les conflits

Un conflit de classe. Les pauvres de Miracle à Milan s’envolent, tous ensemble, vers le pays où bonjour veut dire bonjour. Encore dans l’utopie, l’espérance sociale, finissante ?, de l’après guerre.

Un conflit libérateur contre une mini-société paysanne. Méprisée. Dans l’esprit libertaire d’un certain mai 68, Marie de La fiancée du pirate s’éloigne, jeune et belle, sur la grande route de l’espoir, échappant à son milieu et au spectateur, par une journée printanière, vers un destin nomade, peut-être à deux.

Le Troisième Homme

Un conflit destructeur entre société et trafiquants. Dont Anna fait les frais. Dans une allée de cimetière, elle s’avance et passe devant nous sans un mot, sans un regard pour celui qui a trahi pour lui rendre la liberté. Elle est seule. Sinon sans avenir, du moins sans espérance.

5 – Un thème musical soutient les trois films. Dont deux ont connu un grand succès. La cithare du Troisième Homme, je m’balance de La fiancée du pirate, chanté par Barbara.

1 – Cadavre exquis : jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes.

2 – Le Cercle des Chamailleurs, un groupe d’amis qui se réunissent une fois par mois pour discuter d’un sujet, d’un livre, d’un film…

La fiancée du pirate

Dans La fiancée du pirate (1) réalisé par Nelly Kaplan, sorti en soixante-neuf, une jeune femme se libère des dominations de l’Église, de l’exploitation par les hommes et même de la sorcellerie.

La fiancée du pirate

Les trois premières minutes. Dans la grisaille de l’aube, le clocher qui domine le village s’éloigne lentement et, pendant le générique, la campagne, une prairie avec une barrière… Un bouc passe… Deux silhouettes se rapprochent, toutes deux en uniforme, le père en facteur, avec son fusil de garde-champêtre, le fils, en scout… Ils voient le bouc, le chassent avec des pierres… Et continuent leur chemin.
Dans la cour de la ferme, au sol détrempé, un tracteur, un hangar, des volailles, des vaches, des bidons de lait, la maison en pierres, Marie (Bernadette Lafont) avec un seau qu’elle remplit à la fontaine, prend une serpillière, entre dans la maison et se met à nettoyer le sol, à quatre pattes sous le regard du Vieux, dans son lit, une photo de militaire au mur et une croix, en train de manger sa soupe qui coule de la bouche. Il ne quitte pas Marie des yeux une seule seconde, et ses belles fesses…
Derrière elle, apparaissent deux jambes bottées d’un paysan qui s’approche (elle l’a vu car comme sa mère, elle a, bien sûr, des yeux dans le dos), s’accroupit, la prend par la taille. Elle continue son travail, indifférente. Il lui parle de la nuit prochaine…
Le Vieux ne peut en supporter plus, balance son assiette dont le bruit fait descendre Irène, la patronne, de l’étage. Elle invective Marie qui ne bronche pas, soulève son visage avec sa botte de cuir, donne un coup de pied dans le seau qui arrose Marie et s’en va…

Tout est dit : poids de l’église, sorcellerie, uniforme, exploitation sociale et sexuelle.

Marie et sa mère sont arrivées, nomades, sans papiers, dans le village quand elle était toute petite. Elles ont été exploitées. Elle est devenue une belle fille. Maintenant, elle travaille chez Irène, la plus grosse propriétaire terrienne de Tellier. Elle est l’objet sexuel des hommes du hameau. Et même d’Irène.

Jusqu’au jour où sa mère meurt, victime d’un chauffard. Elle hérite d’un peu d’argent et va se venger. Pour Nelly Kaplan c’est « l‘histoire d’une sorcière des temps modernes qui n’est pas brûlée par les inquisiteurs, car c’est elle qui les brûle ».

De ce jour, elle prend sa vie en main. Et d’abord, elle organise l’enterrement de sa mère. Contre l’adjoint Le Duc, contre l’abbé qui ergotait sur l’absence de certificat de baptême mais qui ne peut supporter l’enterrement hors les murs du cimetière.
Elle dit à chacun ses vérités : comment ils les ont traitées à leur arrivée, exploitées. Ce qu’ils disaient de sa mère : folle,
nomade, sorcière… Irène la ramène pour la nuit chez elle, lui retire la tasse de café qu’elle vient de lui offrir, pour lui faire l’amour.

Elle achète victuailles, alcool, bougies… chez Félix, café-épicerie. La nuit, elle fait manger, boire surtout, les hommes qui ne pensent qu’à une seule chose, et les utilise pour creuser la tombe, à coté de leur cabane, à l’endroit qu’elle a choisi mystérieusement.

Désormais, il n’y aura plus droit de cuissage ouvert à tous. Mais le même tarif pour tous. Avec l’argent gagné et la complicité d’André, client intermittent et amant de cœur, exploitant de cinéma ambulant, elle va, peu à peu, équiper sa cabane, construire avec les objets inutilement achetés son jardin idéal. C’est elle qui décide. Réduit le facteur au voyeurisme et au fétichisme d’une culotte volée. Le seul homme qui lui propose le mariage. Le seul quelle rejette constamment, pour son uniforme ? Son arme ? Ses opinions ? Et déniaise son fils.
C’est elle qui fixe et augmente les tarifs à sa guise. Et fait céder l’opposition concertée qu’ils essaient d’organiser. Par provocation, gratuitement, devant Le Duc et Félix, elle fait l’amour,à un ouvrier agricole étranger, impécunieux, encore un sans papier ? Ce que vous ferez au plus petit d’entre le miens, c’est à moi que vous le ferez. Et ce plus pauvre s’appelle Jésus ! Double blasphème.

La fiancée du pirate est un film de l’après 1968. Burlesque par le ridicule des personnages. Féministe, libertaire mais aussi un peu méprisant pour ce monde de cul-terreux de toute classe, odieux, hommes et femmes, riches et pauvres, obsédés, à la sexualité bestiale. Marie les punit tous parce qu’ils les ont faites souffrir, elle et sa mère. Le plus puni, est l’ouvrier agricole qui est licencié à cause d’elle et réduit à la mendicité. Seul échappe au jeu de massacre, André qui ne fait que passer dans le village, client et ami fidèle, amoureux discret. Et Victor, un commerçant de la ville chez qui André l’a amenée pour faire des courses.

Marie évolue, un peu rapidement, de la fille apparemment simple et soumise, à la jeune femme, avertie, se jouant des uns et des autres par ses réparties et ses stratagèmes, ignorante des choses élémentaires de la vie moderne et s’adaptant facilement au maniement des objets, du tourne disque avec la voix de Barbara, moi j’me balance (2) qui accompagne le film, au magnétophone. Au courant de la contraception et du traitement des maladies vénériennes. Et surtout experte dans le maniement de la parole et des hommes.

Marie aux multiples visages. De la belle servante de ferme à la beauté amoureuse, de la blancheur spectrale à la brune beauté fatale maquillée aux fruits rouges et au noir de fumée, envoûtante pour les hommes. Possédée, peut-être…
Le bouc diabolique qui passe, seul, dès les premières images, que chassent le facteur et son fils, le bouc du médaillon, le bouc auquel elle adresse ses seuls mots d’amour, qu’elle bichonne, qu’elle lave. Que le facteur-garde champêtre tue. Et pour lequel elle demande une messe au curé. Provocation certes… La chauve-souris clouée sur une planche où elle accroche ses montres trophées…

Marie, maquillée, au regard noir et fixe quand elle brûle sa cabane. Visage beau et tragique, derrière un rideau de flammes et de fumée, comme sur le bûcher. Ce sont Marie, la sorcière, et la maison qui brûlent et disparaissent.

Même si son œuvre ne se termine qu’à l’église, un dimanche pendant la messe, au moment où elle dépose, devant la statue de sainte Sarah, la patronne des communautés gitanes et… de Tellier, le magnétophone qui va diffuser, à toute l’assistance, les déclarations faites par les hommes en visite, sur leur femme ou proposition de marché ou les propos de l’abbé sur ses ouailles.

Délivrée enfin de son passé, Marie peut quitter Tellier. Elle passe le panneau Limite de stationnement des nomades, voit l’affiche annonçant la projection dans la région de La fiancée du pirate. Elle hésite et s’en va, seule sur la route, vêtue de blanc comme une jeune fille, se débarrasse de ses chaussures et avance pieds nus.

La route de la vie, de la liberté est devant elle, longue et droite entre les arbres. Fille nomade, va-telle rejoindre André et son cinéma ambulant ?

1 – La fiancée du pirate, film de Nelly Kaplan, 1969, 108 mn, avec Bernadette Lafont, Georges Géret, Michel Constantin, musique de Georges Moustaki, chanson interprétée par Barba ra. Film difficile à trouver en DVD, visible sur You tube.

2 – Moi, je m’balance : http://www.lyricsmania.com/moi,_je_me_balance_lyrics_barbara.html

La fiancée du pirate
16/11/15 : J’ai paris depuis que brûler son campement quand on le quitte était une tradition des Roms. Marie met le feu à sa cabane avant de partir et assume par là sa filiation nomade.
Par contre, elle laisse intact son jardin idéal qui rappelle le facteur Cheval ou l’art brut et ce sont les gens du village, furieux, qui le détruisent avec rage. Exclus de ou refusant la modernité, consommation ou art ?

Miracle à Milan

Miracle à Milan

Miracle à Milan (Miracolo a Milano), 1951, Grand prix à Cannes la même année (La Palme d’or n’existait pas de l’époque) est un film de Vittorio de Sica d’après un roman de Cesare Zavattini, Totò il buono de 1943. De Sica, comme réalisateur, et Zavattini, comme scénariste, ont réalisé ensemble plus de vingt films et font partie du néo-réalisme dont l’histoire s’étend de 1943 à 1955.

Miracle à Milan

Pour Cesare Zavattini, un de ses théoriciens, le néoréalisme veut faire reconnaître l’existence et la peine des hommes, dans leur dure réalité, afin de correspondre à l’appel qui est fait par les victimes de notre égoïsme, appel qui rend toujours plus urgent la demande de solidarité.

Parmi les films néoréalistes les plus célèbres, Roma, città aperta (Rome, ville ouverte), 1945, de Roberto Rossellini, Sciuscià, 1946, de Vittorio de Sica, Païsa de Rossellini, 1946, Ladri di biciclette (Le voleur de bicyclette), 1947, de Vittorio de Sica, Caccia tragica (Chasse tragique), 1947, de Giuseppe De Santis, La Terra trema (La terre tremble), 1948, de Luchino Visconti.

Néoréaliste, Miracle à Milan veut montrer la peine des hommes…. victimes de notre égoïsme… et la nécessaire solidarité. Mais c’est aussi une fable, un conte (il était une fois…) et il ne faut pas chercher dans ce film la vraisemblance, il faut voir la réalité à travers la fable, le conte.

Par opposition aux films du temps de Mussolini, dits des téléphones blancs, les films néoréalistes étaient tournés dans la rue avec des acteurs non professionnels. Ici, les acteurs sont des professionnels qui ont, quelquefois, beaucoup joué au cinéma avant Miracle à Milan et le film a été tourné en studios.

Film inoubliable, vu pour la première fois, il y a 50 ans en ciné-club. Seul souvenir précis, René Nelli avait fait remarquer que, dans la dernière scène, les « zonards » s’envolent sur les balais suivant l’axe de la cathédrale de Milan et donc vers l’est. Vers Jérusalem ? C’était un film chrétien. Vers Moscou ? C’était un film communiste…

C’est plus probablement un film chrétien, on pourrait même dire franciscain. Bien qu’on ne voie dans le film, à part la cathédrale finale, aucun prêtre, aucun signe religieux, en réalité un signe de croix non significatif. Seulement des anges (?), plutôt défenseurs de la loi et l’ordre : ils respectent même les indications de l’agent qui règle la circulation !

Miracle à Milan

Au contraire, Totò, est bon, naïf, de bonne foi, toujours en compréhension, en confiance, avec les gens qu’il rencontre, riches ou pauvres. Il pousse par l’exemple à l’organisation des pauvres, à la solidarité. Il met les pouvoirs que lui confère la colombe donnée par sa mère, Lolotta, au service de la résistance non-violente ou presque de ses compagnons et exauce leurs vœux personnels…

Il fait preuve d’empathie avec les enfants, avec les cabossés de la vie… Totò ne juge pas ou rarement. Il a même une certaine référence naïve devant les riches à la sortie de l’opéra où il est le seul à applaudir, devant le couple bourgeois et hautain qui est obligé de venir se réfugier dans le bidonville où ils montrent qu’ils savent encore exploiter la jeune servante et la naïveté des gens…

Le film est découpé en plusieurs épisodes, la jeunesse de Totò, rapidement décrite, la reconstruction du bidonville dans la solidarité, la lutte plus ou moins animée contre le propriétaire du terrain et ses troupes, la satisfaction des désirs des gens de la zone, la défaite et l’envol final de tous les compagnons.

La liaison, entre ces épisodes et entre les scènes, est souvent faite de raccourcis rapides, menés en douceur par fondu-enchaîné et annoncés ou accompagnés sur la bande sonore par le sifflet du train, des paroles, des cris, de la musique.
Par exemple, deux médecins, en noir, dignes de Molière, encadrent Lolotta, dans son lit blanc, et prennent son pouls. On les entend encore compter alors que, par un fondu-enchaîné, Totò prend place, seul derrière le corbillard de sa mère.

Ces deux médecins en noir annoncent l’entrée du petit Totò, sept-huit ans, à l’orphelinat, minuscule entre deux hommes habillés en noir. Qui ressort immédiatement, âgé de 18 ans, encadré par deux hommes qui lui serrent la main et le laissent partir, seul avec une petite sacoche. A l’entrée comme à la sortie, on voit au fond, le porche de l’orphelinat avec les mêmes pensionnaires, faisant la même gymnastique.

La seule personne rejetée par tous, y compris par Totò, c’est Rappi, joué par Paolo Stoppa, égoïste, méprisant, traître… que Totò ridiculise comme il ridiculise l’armée, la police… Il le chasse de la zone poursuivi par une flopée de hauts de forme…

Dans ce film sur la misère, les occasions de rire ne manquent pas : les deux médecins en noir, ridicules, prenant le pouls de Lolotta ; dans l’antre du capitaliste, un homme suspendu, dehors, à la fenêtre, donne le temps qu’il fait pour que le patron mette un foulard autour du cou ; dans la baraque des bourgeois du bidonville, l’enfant est attaché au bout du cordon de la sonnette et crie qu’il y a quelqu’un quand il est secoué ; rencontre des deux capitalistes au moment du marchandage pour le rachat du terrain sur lequel est le bidonville, la négociation est faite de propositions contradictoires et ils finissent par aboyer sous les regards des zonards qui font la même chose ; la jeune servante qui pour récompenser Totò de l’avoir soutenue face à sa patronne en disant qu’il aime être arrosé, lui verse à nouveau un seau d’eau sur la tête ; le marchand de ballons un peu trop léger, à qui Totò donne un sandwich tandis qu’on met des pierres dans ses poches pour qu’il ne s’envole pas…

Mais c’est surtout quand il est pourvu de pouvoirs exceptionnels par la colombe que Totò organise la résistance pacifique de la zone face aux militaires, en les ridiculisant, sans violence : les gaz lacrymogènes repoussés par les zonards qui soufflent, les ordres d’assaut donnés sur un air d’opéra, les parapluies face aux lances à eau qui se tarissent rapidement, le terrain qui devient une piste de patinage sous les pieds des policiers…

Quand Totò utilise son pouvoir pour répondre aux désirs de ses compagnons, les résultats sont cruels. Dans la zone, c’est souvent chacun pour soi. Aucune demande de solidarité, quelquefois demandes de concurrence, de surenchère : avoir un million de millions de millions… plus un ajoute celui qui veut avoir le dernier mot. Beaucoup ont un rêve personnel : une machine à coudre, une armoire qui n’entre pas dans la cabane, une valise (demandée par le voleur pour remplacer la sacoche volée à Totò), une fourrure comme le traître et les riches, et tout le monde en veut une, des habits encore plus beaux pour être encore plus bourgeois prétentieux. Totò leur donne satisfaction même s’il hésite à donner vie à la femme-statue… Il donne à l’homme qui ne mesure qu’un mètre vingt, par tatonnement, la taille qu’il désire et répond au désir du Noir qui, par amour, veut devenir blanc et à la jeune femme banche qui, par amour, veut devenir noire… Impossible rencontre…

Par deux fois, Totò utilise ses pouvoirs pour son seul bénéfice personnel dans l’oubli des autres… Et, à chaque fois, les anges lui reprennent la colombe.

Finalement, Lolotta rapporte la colombe et l’amour change de mains, de Lolotta à Edvige, de la mère à la jeune servante, et les zonards arrivés sur la place du Duomo, s’emparent des balais des employés qui nettoient la place, les abandonnent, ce n’est pas la Révolution, et s’envolent pour un pays où Bonjour, veut dire bonjour.

Miracle à Milan

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

Soy Nero,
les frontières de la mondialisation

Nero est un jeune latino qui veut revenir aux États-Unis où il a vécu une partie de son enfance avant d’en être expulsé. Rejeté par un pays auquel il estime et veut appartenir, il y revient avec l’intention de s’engager dans l’armée pendant deux ans pour obtenir la green card (1) qui lui permettrait d’obtenir la nationalité étasunienne, faisant de lui un Green Card Soldier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

Ce film se déroule en trois actes.

Retrouver son frère à Los Angeles. Pour cela, il doit franchir la frontière mexicano-étasunienne : ce qu’il fait de façon relativement aisée, un soir de Nouvel an, pendant le feu d’artifice au nez et à la barbe des gardes frontières (2).
Ayant retrouvé l’adresse de son frère, Jesus, qui habite à Beverly Hills, il y arrive, emmené et entravé par la police qui l’a contrôlé sans papier. Il ne pourra cependant entrer dans cette villa hollywoodienne où son frère règne, de façon très temporaire, qu’en escaladant le portail, après le départ de la police. Le franchissement de cette deuxième barrière symbolique, frontière sociale qui fait aussi partir de son rêve qui n’est pas que d’être citoyen, est aussi illusoire que le premier.

Soy Nero, les frontières de la mondialisation

La morne attente.

Devenu militaire, il se retrouve avec son groupe comme garde-frontière, du bon coté cette fois : au bout d’une route, dans un milieu désertique, quelque part au Proche-Orient ou ailleurs. Où l’ennui est coupé par les rares véhicules, toujours potentiellement dangereux, qui se présentent au contrôle. Et les discussions entre militaires d’origines diverses.

La longue marche vers…

Jusqu’au ,jour où le danger se concrétise et où il repart, rapidement seul dans le désert, pour retrouver ses frères d’arme qui le reçoivent avec le même comportement, les mêmes questions, les mêmes gestes que les policiers de Los Angeles. Il n’a pas franchi la dernière barrière, il reste un Green Card Soldier et se retrouve seul avec son arme, dans le désert.
En pleine mondialisation (3), le jeune Nero ne rencontre pas seulement des barrières physiques, toujours franchissables, mais aussi les barrières humaines.
Son frère, Jesus, muni de faux-papiers, profite de l’envers du décor et l’avertit combien c’est de la folie de vouloir être un Green Card Soldier. Ce que d’autres ont payé très cher : il lui rappelle qu’une de leurs connaissances a perdu un bras et Nero répond : oui, mais il est un citoyen des Etats-Unis !. Une séquence montre la remise d’un drapeau des États-Unis à la famille d’un soldat mort pour la patrie, et le film est dédié à tous ceux qui se sont engagés et n’ont jamais obtenu la Green Card ou ont été expulsés. Le rêve de l’intégration au prix de la vie…

Au poste frontière, il se retrouve avec deux Africains-Américains qui se disputent sur les mérites respectifs des musiciens des années 1990 de la côte est et de la côte ouest… L’un d’eux lui rappelle de façon appuyée sa supériorité car lui est américain. Et pour couronner le tout, il y a un arabe dans le groupe !!!

Quant aux vrais américains qu’il rencontre, ils ont quelques problèmes…
Le garagiste chez qui son frère travaillait, l’expulse vigoureusement.
L’automibiliste qui le prend en stop, ancien militaire, père attentif, avec une arme factice dans la boite à gants, s’arrête devant un énorme champ d’éoliennes dont il dit qu’elles marchent au gaz, polluent et sont orientées non en fonction du vent mais pour dominer le monde !
Le chef du groupe frontière qui ne dit mot, n’intervient que pour faire cesser le comportement idiot d’un de ses subordonnés face à une voiture familiale qui passe le poste. Et va au devant d’une mort certaine en s’exposant aux tirs ennemis…
Et les militaires vers les quels il se précipite avec l’espoir d’être sauvé, enfin reconnu comme un des leurs, se comportent comme les policiers qui l’ont interpellé quand il était sans papier, lui posent les mêmes questions et abandonnent finalement le Green Card Soldier, seul avec son arme dans le désert…

A son désir d’appartenance qui va jusqu’à l’engagement dans une guerre qui n’est pas la sienne, la réponse est le rejet, l’expulsion… Seul, dans le désert, que va-t-il faire de son arme ?

1 – La carte de résident permanent… document d’identification émis par le département d’État américain. Il permet aux citoyens non-américains de s’installer et de travailler légalement aux États-Unis sans besoin de visa. Les droits et devoirs des porteurs de la carte sont en tous points identiques à ceux d’un citoyen américain à l’exception du droit de vote et de servir comme juré… (Wikipedia).

2 – Le réalisateur s’est inspiré du récit d’un soldat guatémaltèque, le premier Green Card Soldier, qui a traversé la frontière au même endroit, un soir du Nouvel An, et qui est mort en Afghanistan.

3 – Ce film est une production germano-franco-mexicaine, sur un scénario écrit conjointement par un Roumain (Razvan Radulescu) et le réalisateur Rafi Pitts, né en Iran en 1967 : Je suis de père anglais, de mère iranienne et de beau-père français.

VACANCES VÉNITIENNES, des images et des films

VACANCES VENITIENNES, des images et des films

Dix jours au Lido de Venise, pour la 73e édition du plus ancien festival de cinéma, est l’occasion de voir beaucoup d’images et d’en faire quelques unes ! Car comment résister avec une tablette photographique dans les mains ? Au Lido, le Festival mais aussi la mer et le ciel et le soleil. Et Venise à un saut de vaporetto et Murano et Burano….
Au risque de manquer le train du retour.

Il y avait aussi des films. Plus de 160, projetés en dix jours dans une dizaine de salles. Quelques lignes sont consacrées aux films considérés comme les plus intéressants parmi les 36 vus cette année, insérées entre des photos du Lido pendant le Festival et des vues de Venise, Murano et Burano, à l’occasion de trois escapades buissonnières.

Comme chaque année, le rouge est mis au Palais du Festival avec en plus, le grand cube de la nouvelle « Sala Giardino ».

Le rouge et…le noir, nuée de photographes à l’affût des personnalités invitées… Il y a aussi le rouge et le bleu de la mer et du ciel. Et, en ce début septembre, l’immense plage de sable, déserte, quelques mouettes et de rares baigneurs. Mais interdite par un garde nonchalant qui demande aux festivaliers égarés, venus se détendre entre deux séances de cinéma, de s’éloigner de « sa concession ».c

Le Lido,

Le Festival

La Plage

VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
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VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films
VACANCES VENITIENNES, des images et des films

Pendant le diner…

19h32.......19h4719h32.......19h47

19h32…….19h47

Notes sur quelques films de la Sélection officielle :

EL CIUDADANO ILUSTRE de Mariano Cohn et Gastón Duprat (Argentine, Espagne) a reçu le prix du meilleur acteur pour Oscar Martínez dans le rôle d’un écrivain argentin, prix Nobel de littérature, qui revient dans la petite ville de son enfance après un séjour de 40 ans en Europe.
Ce retour se voulait discret. Mais sa présence est déjà signalée dans l’avion… et il est sollicité par le maire pour de multiples activités auxquelles il ne peut se dérober : réception solennelle en mairie, présidence du jury d’un concours de peinture local, conférences diverses… Il refuse l’invitation d’un inconnu à un repas familial, le financement d’un fauteuil pour un handicapé… Il retrouve aussi les lieux de sa jeunesse et même son meilleur ami de l’époque qui a épousé celle qu’ils se disputaient.
Pour respecter ses principes, il se heurte à des personnalités locales mais aussi à ceux qui lui reprochent d’avoir établi sa notoriété sur une mauvaise image du pays, de ne montrer que les choses négatives…
Sans concession, au village comme à l’académie lors de l’attribution du prix Nobel. Il répond honnêtement, avec le même langage d’intellectuel. Il surprend mais est applaudi à l’Académie. Ce langage passe plus difficilement ici et montre à quel point sa réussite l’a coupé de son pays, de son enfance… Et même à ses amis.
La réussite a un prix.

Le prix Marcello Mastroianni pour une jeune actrice a été attribué à: Paula Beer dans FRANTZ de François Ozon (France, Allemagne) dont le fiancé a été tué pendant la guerre de 14-18. Elle a la surprise de découvrir un jeune, venu de France pour fleurir la tombe de Frantz. Ils font connaissance, elle l’introduit chez les parents de Frantz… Elle ira en France…
Ce film, un peu froid, témoigne de l’état d’esprit des sociétés allemande et française de l’après-guerre et montre l’émancipation progressive d’une jeune femme de son conditionnement social…

Pour son rôle dans LA LA LAND de Damien Chazelle (États-Unis), Emma Stone a obtenu le prix de la meilleure actrice. C’est une comédie musicale, très bien accueillie par le public et encore plus par les critiques, même si le rythme du film faiblit un peu après un début bien enlevé.

Le Lion d’argent, Grand prix du jury, a été attribué à NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford (États-Unis). Le film commence par une « performance« , lors du vernissage d’une exposition dans une galerie, bien sûr d’avant garde, dont Suzan est la directrice : des femmes vivantes, allongées, monstrueusement obèses…
Suzan reçoit le manuscrit d’un roman « natural animals » que lui dédie son ex-mari. Une famille part en vacances et, sur l’autoroute, est agressée par une bande de jeunes, « nocturnal animals« , qui violent et tuent femme et fille.
Elle est profondément troublée par ce roman. Les « nocturnal animals » ne sont pas seulement les voyous de l’autoroute mais aussi tous ceux qui ont détourné Suzan de son ex-mari et de la création au profit d’un nouveau conjoint qui la trompe, d’une vie mondaine qui n’a pas de sens, de la gestion d’une galerie à laquelle elle ne croit pas.
Le même acteur joue le rôle du père de famille et de l’auteur du roman.
Dans le roman, le mari se fera justice avec l’aide d’un policier en fin de vie, il a un cancer du poumon, qui va se substituer à une justice rendue impuissante par les procédures et les avocats.

Le Lion d’argent de la mise en scène a été remis à :Andrei Konchalovsky pour PARADISE (Fédération russe, Allemagne) et à Amat Escalante pour LA REGIÓN SALVAJE (Mexique, Danemark, France, Allemagne, Norvège, Suisse).

Dans des entretiens « post-mortem », PARADISE donne la parole à un employé de préfecture français, collaborateur durant la Seconde guerre mondiale, à une aristocrate russe, membre d’une réseau parisien d’aide aux enfants juifs, à un noble officier allemand de la SS dans un camp d’extermination où se retrouve l’aristocrate russe.
Le petit fonctionnaire sait ce qu’il fait mais n’en est pas fier. Il est rapidement exécuté par la Résistance. La noble russe est arrêtée et déportée. Du fait de ses relations anciennes avec l’aristocrate officier allemand, elle pourrait être sauvée. Elle choisit la chambre à gaz et se sacrifie au profit d’une femme et deux enfants juifs.
Dans ce film dédié à ceux qui, partout, ont résisté à l »entreprise nazie, l’officier nazi affirme qu’il n’y a pas de paradis sans enfer. Actif dans l’enferi, il sait que, demain, d’autres se lèveront pour réaliser le paradis allemand..

Le prix du meilleur scénario a été attribué à Noah Oppenheim pour JACKIE de Pablo Larraín, (Royaume-Uni). JACKIE raconte les quatre journées de Jackie Kennedy qui ont suivi l’assassinat du président des États-Unis.

THE BAD BATCH de Ana Lily Amirpour (États-Unis) a obtenu le Prix spécial du jury. Une jeune et belle femme est expulsée d’un camp du Texas et se retrouve seule dans le désert. Elle aboutit dans une décharge enfermée derrière des barrières où elle est amputée d’une jambe et d’un bras par des cannibales… Elle s’en sort en abattant sa geôlière et s’enfuit en planche à roulette…
Évocation de la situation d’un certain nombre d’immigrants ou de marginaux aux États-Unis dans un film grand-guignolesque réalisé par une femme que certains ont qualifié de « Tarentino en jupons« .

THE LIGHT BETWEEN OCEANS de Derek Cianfrance. A la fin de la Première guerre mondiale, Tom devient gardien de phare temporaire sur un îlot. Au moment d’embarquer pour rejoindre son poste, il croise une jeune et belle femme, Isabel, qui l’épousera et le rejoindra.Isabel est très perturbée par deux heureux événements qui tournent à la catastrophe.. Quand un canot échoue sur l’ilot avec, à son bord, un homme mort et un enfant bien vivant… Sur la pression d’Isabel, Tom enterre l’homme et ils adoptent l’enfant de substitution.
Tom supporte difficilement ce mensonge, surtout quand il apprend l’origine de l’enfant. Il s’arrange pour que la justice rende l’enfant à sa mère légitime…
Le sujet classique du combat entre deux mères n’est pas traité sur le mode larmoyant…

EL CRISTO CIEGO de Christopher Murray. Le jeune Michael est convaincu que « Dieu est en nous ». Que Dieu est en lui. Il part, pieds nus, à travers le désert chilien pour rejoindre un ami et le guérir, « miraculeusement ». Ceux qui le voient passer, pieds nus, pensent peu à peu qu’il est le Christ. Le miracle n’aura pas lieu.

AUTRES FILMS :

BRIMSTONE de Martin Koolhoven, UNE VIE de Stéphane Brizé, Prix Fipresci (critique internationale), d’après la nouvelle de Guy de Maupassant, VOYAGE OF TIME : LIFE JOURNEY de Terence Malick, Prix Future Film Festival avec mention spéciale, LES BEAUX JOURS D’ARANJUEZ (3D) de Wim Wenders, PIUMA de Roan Johnson, QUESTI GIORNI de Giuseppe Piccioni.

Notes sur quelques films de la Sélection « Orizzonti »

WHITE SUN de Deepak Rauniyar, Népal, raconte le retour d’un combattant maoïste dans son village à la suite de la mort de son père. La paix est revenue, non la réconciliation. Dans le village, tous les adultes ont disparu. Ne restent que les deux frères pour transporter le corps du père jusqu’au lieu de la cérémonie. Une dispute éclate entre les deux frères porteurs et le corps est abandonné au milieu du chemin. Notre héros va chercher de l’aide auprès de ses camarades qui ne peuvent intervenir sur un territoire qui ne dépend pas d’eux administrativement, auprès du camarade ministre qui doit se consacrer au mariage de son fils… Finalement, le cortège pourra reprendre après un bref affrontement entre militaires gouvernementaux et maoïstes. Ce sont les enfants qui ont amassé le bois qui servira à l’incinération. La réconciliation viendra…

RÉPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré.d’après un roman à succès de 2014 (200 000 exemplaires vendus). Un jeune est victime d’un accident de la circulation au Havre. Déclaré en état de mort de mort cérébrale, les parents doivent donner rapidement leur accord pour un éventuel prélèvement d’organe sur le corps de leur fils.
Le film, quasiment documentaire, montre la difficulté de la décision pour les parents, le prélèvement du cœur au Havre et son implantation à Paris sur une femme de la cinquantaine qui attend une greffe, seule possibilité de survie.

LIBERAMI de Federica Di Giacomo (Italie, France), documentaire sur les prêtres exorcistes a été reconnu comme « meilleur film »,

AUTRES FILMS :

HOME (Belgique) a valu à Fien Troch le prix du meilleur réalisateur, Ruth Díaz a reçu le prix de la meilleure actrice dans TARDE PARA LA IRA de Raúl Arévalo (Espagne), IL PIU GRANDE SOGNO de Michele Vanucci, MAUDITE POUTINE de Karl Lemieux, DARK NIGHT de Tim Sutton, Orizzonti-fuori concorso

Fuori concorsi

HACKSAW RIDGE de Mel Gibson. Ce film qui sortira en France sous le titre « Tu ne tueras point« , est basé sur une histoire réelle. Celle de Desmond Doss, objecteur de conscience pour des raisons religieuses mais volontaire pour servir dans l’armée des États-Unis.

A son arrivée à l’armée, il est victime de nombreuses brimades, d’abord par la hiérarchie lors de la formation militaire qu’il reçoit comme les autres, avec refus du maniement des armes,. Mais aussi par ses camarades qui le traitent de lâche… Il n’est sauvé d’une condamnation par le tribunal de guerre que par l’entregent de son père, ancien combattant.

Il participe dans l’équipe de secours en première ligne à la bataille d’Okinawa et sauve de nombreux soldats.

Mel Gibson montre aussi bien la dureté de l’entrainement militaire que celle de la bataille contre les Japonais. Son opposition à la guerre peut être résumée, en dehors de l’étalement des combats sanglantes, des souffrances, des blessures, des cadavres… par l’image de deux soldats ennemis qui se retrouvent face à face et poussent le même cri bestial.

OUR WAR de Bruno Chiaravalloti, Claudio Jampaglia, Bernadetta Argentieri. Documentaire sur des volontaires étrangers participant à la lutte contre Daech avec les Kurdes.

I CALLED HIM MORGAN de Kasper Collin. Long-métrage documentaire sur le célèbre jazzman et trompettiste américain.

AUSTERLITZ de Sergei Loznitsa, Prix Mouse d’Argento, Non fiction, THE BLEEDER de Philippe Falardeau, PLANETARIUM de Rebecca Zietowski

Cinema nel Giardino

L’ESTATE ADDOSSO de Gabriele Muccino, Prix de la meilleure musique de film (Jovanotti).

Giornata degli autori

PARIENTE de Ivan D. Gaona

Ommagio a Abbas Kiarostami

FRAMES de Abbas Kiarostami (CM), TAKE ME HOME de Abbas Kiarostami (CM), 76 MINUTES AND 15 SECONDS WITH KIAROSTAMI de Samadian Seifollah

LION D’OR pour sa carrière : Jean-Paul Belmondo

avec projection du film de Louis Malle LE VOLEUR

Jean-Paul Belmondo et Sophie Marceau lors de la remise du Lion d'or à Jean-Paul Belmondo pour l'ensemble de sa carrière.

Jean-Paul Belmondo et Sophie Marceau lors de la remise du Lion d’or à Jean-Paul Belmondo pour l’ensemble de sa carrière.

Venise et la lagune vues du Lido.

VACANCES VENITIENNES, des images et des films  VACANCES VENITIENNES, des images et des films
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Venise

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Murano

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Burano

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Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Passer dix jours à Cannes, pendant le Festival de cinéma, en voyant 3 ou 4 films par jour, c’est un peu se mettre en retrait du monde !
Malgré la télévision qu’on n’allume pas le soir et la tablette qui permet de jeter un œil sur la presse du jour, on vit en réalité hors du monde – de l’actualité du monde – alors que dans la journée d’un film à l’autre, on découvre des mondes d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, passant de la Corée, au Brésil, de la Roumanie aux États-Unis ou aux Philippines…

Errant et aberrant, le festivalier.

Pour arriver à ces 3 ou 4 séances de cinéma par jour, suivant la carte d’accréditation qu’il a ou non, le festivalier doit trouver des billets qu’il peut acheter ou des invitations. Ceux qui n’en ont pas, des dizaines de personnes, agitent un panneau, « un billet, s’il vous plaît », « a ticket, please » pour tel ou tel film auprès de privilégiés qui en ont… De 8 heures à 22 heures ! Du lever au coucher du soleil… « De sol a sol » !

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Avec le fameux billet ou « un badge », différent suivant le type d’accréditation, le festivalier doit ensuite faire la queue à la salle qui projette le film, avec le risque, suivant le nombre d’invités, de journalistes, d’accrédités de plus haut niveau, d’attendre une heure et de ne pouvoir entrer. De plus, l’accès à certaines salles est fermé 45 minutes avant la projection !

Au total, pour voir un film qui dure de 90 minute à 3 heures, il faut consacrer plus d’une heure à l’attente !!! Qui accepterait de faire cela dans la vie quotidienne. On est à Cannes ! On est festivalier ! Et quel bonheur quand il ne pleut pas !! Cette année, il n’a pas plu ! La queue alors peut devenir une foire aux potins ou un mini-ciné-club !
Autrefois, certains allaient en famille au cinéma voisin, le samedi, sans rien savoir du film qui était programmé. Nous n’étions pas de la même catégorie : avertis, nous choisissions nos films !
A Cannes, festivalier de base, on va voir assez souvent le film qu’on peut voir, pas toujours celui qu’on voudrait voir. Cela peut conduire à de bonnes surprises.

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Le soleil illumine la Croisette et magnifie le bleu de la mer, peuplée d’énormes immeubles blancs de croisière et de bateaux plus modestes, y compris de navires militaires cette année. Le festivalier s’enferme dans des salles plus ou moins grandes, aux fauteuils rouges, après une longue attente, avant d’être plongé dans l’obscurité. Quel que soit le temps à l’extérieur, le festivalier, hors sol, voit alors apparaître, en musique, à l’écran le tapis de 22 marches rouges, dans le bleu de la mer et du ciel, surmontées de la palme d’or. La découverte commence.

Dés la première journée, tandis que défilent en boucle sur les écrans extérieurs tous ceux qui ont monté, montent ou vont monter les marches…, les spéculations, les discussions vont bon train : dans la presse, dans les queues, dans les salles… Le film qu’il faut voir ou ne pas voir, la qualité, la palme possible…

Plus de 1500 films ont été visionnés par les sélectionneurs, 167, sans compter les courts métrages, ont été diffusés, cette année, dans les différentes sélections du festival et les cinémas de la ville : compétition, un certain regard, hors compétition, classics, cinéma de la plage, semaine de la critique, quinzaine des réalisateurs, acid… Le festivalier ne peut tout voir. Ses jugements ne peuvent porter que sur la cinquantaine de films que les plus fous peuvent voir durant le festival…

Si Cannes demeure le plus important Festival de Cinéma, cette année, il a commencé avec de mauvaises nouvelles : Canal + a réduit de 90 % sa participation à la fête, ce qui augure mal pour l’avenir et un cinéma de Cannes (Le Star) a fermé… Par ailleurs, il y aurait eu une moindre fréquentation, ressentie par les restaurateurs, et « l’absence des Américains » a été signalée en rapport avec la crainte d’attentats…

Si on parlait cinéma ?

Ni revue complète de la trentaine de films vus, ni jugement sur le palmarès, voici de brèves notes sur quelques films (A la « demande » de Marie-Claude et de Pierre).

« Églantine d’or » pour « Ma Loute » de Bruno Dumont, (2h02) pour son inventivité cinématographique, déjà annoncée dans « P’tit Quinquin ». Des acteurs célèbres (Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi) valorisés et disciplinés, au point que le cabotin Luchini est accompagné d’un cousin avec lequel on pourrait le confondre. Des acteurs non professionnels que Bruno Dumont dirige, avec maîtrise, et rend aussi talentueux que les professionnels. Peut-être faudrait-il remplacer les prix d’interprétation par le prix de la direction d’acteurs…
Dans « Ma Loute », Bruno Dumont illustre le rapport de classes, jusqu’à l’anthropophagie, dans les années 1900, entre une grande famille du Nord en vacances et les pêcheurs du quartier St Michel qui leur font passer le gué, en barque ou dans leurs bras suivant la marée. Des personnes disparaissent… Et les pêcheurs se pourlèchent les babines… Ce qui n’empêche pas une idylle, momentanée, entre le fils aîné des pêcheurs et l’aîné(e) des bourgeois au sexe incertain… Mais la police enquête sous la forme de deux policiers, type Laurel et Hardy, un brin automates.
Certains auront quelques difficultés à entrer dans un film déjanté, burlesque, poétique, excessif… ce qui fait son charme. Il aura ses inconditionnels et ceux qui ne pourront suivre le délire de Dumont.

« Rester vertical » d’Alain Guiraudie (1h40) est aussi un film puissant qui en dérangera plus d’un et plus d’une. Dans « L’inconnu du lac », un crime était commis sur un lieu traditionnel de drague homosexuelle. « Rester vertical » qui se déroule en milieu paysan sur un causse de Lozère, est beaucoup plus complexe.

Le héros, scénariste, est à la recherche des loups, d’aventures et d’inspiration sur le Causse. Il rencontre une bergère qui n’aime guère les loups, prédateurs de son troupeau. Une relation s’établit. Notre héros découvre la beauté naturelle de « l’origine du monde » et la paternité, tandis qu’elle vit l’animalité de l’accouchement dont rien ne nous est épargné, et le refus de cette maternité… Tout ceci n’empêche pas notre scénariste de continuer sa recherche d’aventures, même si cela ne favorise guère son travail d’écriture.
Alain Rigaudie reprend la question de l’homosexualité, dans le quotidien paysan. Non dans un lieu de drague traditionnel. Le héros et les personnages sont socialement situés, le scénariste un peu paumé, bisexuel, attaché à son enfant que la mère lui abandonne. Après plusieurs épisodes – il est dépouillé à nu sous un pont – il participe activement au « suicide assisté » d’un vieil homosexuel, associant sodomisation terminale et cocktail létal – il revient chez son « beau-père », dont il refuse les avances, pour s’occuper, seul, de son enfant, des troupeaux et des loups.
Alain Rigaudie ne recule pas devant des scènes, des situations d’un réalisme, d’un naturalisme qui peut paraître insupportable (accouchement très réaliste, sodomisation terminale). La femme, absente dans « L’inconnu du lac », est ici réduite à son utilité !

Dans la cuvée Cannes 2016, « Ma Loute » n’est pas le seul film à parler de classes, de lutte des classes. Dans « L’économie du couple » de Joachim Lafosse (1h40, titre anglais, « After love »), elle apparaît, après l’amour, quand vient le moment de la séparation… Tout ce qui avait fait le bonheur de la rencontre, des premières années du couple, va faire l’objet de la lutte. Bérénice a aimé Boris, l’architecte polonais sans travail qui a refait la belle maison dans laquelle ils ont vécu, heureux avec leurs deux enfants. À l’heure de la séparation et du partage, ils se disputent tout, même le fromage du frigo. Bérénice ne veut prendre en compte dans le partage que son apport en capital fourni par ses parents et Boris revendique son apport en travail.

« Money Monster », (1h39) de Jodie Forster, avec Georges Clooney et Julia Roberts, est plus directement politique : un boursicoteur malheureux fait irruption sur le plateau de l’émission phare « Money Monster  » et prend en otage, en direct, l’animateur vedette qui a ruiné des milliers de téléspectateurs par ses conseils spéculatifs. Menaçant de tout faire sauter… Mais l’animateur est sauvé par une équipe remarquable qui permet de démasquer le vilain coupable. Tout rentre dans l’ordre. La morale est sauve : le méchant spéculateur qui a tout truqué est arrêté, le terroriste amateur est abattu, le couple animateur se reconstitue, tout cela en direct. Il n’y a plus qu’à préparer l’émission de la semaine prochaine.
Le capitalisme n’est pas si mauvais que cela sous l’œil du journalisme télévisé, revu par le cinéma. Un bon film étasunien « de gauche » tonique, efficace…

Dés la fin de la projection, « Tony Erdmann », (2h42) de l’Allemande Maren Ade, très applaudi par la salle, bien chauffée par la présence de nombreux Allemands, est apparu comme candidat à la palme. Ce film, hilarant, n’a eu aucune récompense mais s’est largement vendu et est assuré d’un succès d’audience mérité.
Ici, il n’est pas question de classes et de lutte des classes. Mais du bonheur et du sens de la vie. C’est cette question qu’un père, philosophe et facétieux, pose à sa fille, cadre très professionnel d’une entreprisse allemande qui essaie de conquérir un marché en Roumanie, au prix de quelques licenciements… Lors d’une visite, un rien dérangeante, à Bucarest où elle travaille, son père se déguise en divers personnages qui perturbent son emploi du temps, ses prestations et sa sérénité.
Que va-t-elle faire ?

« Aquarius » (2h20) de Kleber Mendonca Filho : Clara, belle femme, personnalité à la retraite, mère de famille de la bonne société, occupe un bel appartement sur le bord de l’océan à Recife. Tous les autres copropriétaires ont accepté les substantielles indemnisations de promoteurs immobiliers. Clara résiste pour sauvegarder son lieu de vie. Elle devra faire face à tout ce que les promoteurs peuvent inventer pour faire céder une faible femme… qui ne cédera pas.
La présentation du film a été l’occasion, pour l’importante assistance brésilienne, de dire son soutien à Dilma Rousseff et à la démocratie brésilienne.
Dans la sélection « classics », un autre film brésilien a été présenté : « Cinema novo » (1h30) d’Eryk Rocha, fils de Glauber Rocha. « Avec le « Cinema novo » est apparue une nouvelle grammaire cinématographique spécifique capable de penser le Brésil nouveau des années 1960, pays qui était alors en train de passer d’un mode rural à un mode urbain à travers de fortes mutations. » (Eryk Rocha). Film du siècle dernier, plein de bruit et de fureur, de violence et de sang…. La vieille révolution latino-americaine… De « Cinema novo » à « Aquarius », de la révolution à la spéculation… changement de siècle..

Cannes 2016 : Festivalier en immersion

Actes de violence, situation de violence

Le cinéma, art du mouvement, de l’action, de la violence et de la couleur, est bien équipé pour montrer les explosions de violence. Parfois, pour s’y complaire. Mais il peut tout aussi bien explorer des situations de violence, de tension.

« The last face » (2h11) de Sean Penn avec Charlize Theron, Javier Bardem, Adèle Exarchopoulos, raconte la rencontre d’une responsable internationale de l’humanitaire et d’un urgentiste de « médecins du monde » sur le terrain, au milieu de guerres sanglantes en Afrique (Nigeria, Soudan). Ce film, fait par des occidentaux blancs, pleins de bonnes intentions, a été sifflé à certaines séances, probablement pour le contraste entre la situation amoureuse, les dialogues conflictuels de généreux occidentaux et la cruauté de la guerre africaine avec des scènes difficilement soutenables. Vision quasiment néocolonialiste de l’Afrique.

Des films montrant des situations de violence plus que des actes de violence ont été présentés, venant des autres continents, Amérique, Europe, Asie, tournés par des autochtones.

Ainsi, « Loving » (2h03) de Jeff Nichols qui se déroule aux États-Unis (Virginie) en 1958. Première image, un visage de femme qui tourne lentement son regard, suivi par la caméra, vers le visage d’un homme, Loving, à qui elle déclare : « je suis enceinte ». Et lui, de répondre, on va se marier.
Elle est noire, il est blanc, et le mariage interracial est interdit en Virginie. Pour se marier, ils vont à Washington où le mariage interracial est possible. A leur retour en Virginie, les ennuis vont commencer.
Cette histoire, vraie, très étasunienne, est traitée à l’européenne, avec seulement une violence légale, latente. Sans acte de violence.
Aucun personnage n’est le mal absolu, ni le bien absolu. Chacun est enfermé dans son rôle ou ses croyances. Le juge, comme Dieu, est pour la séparation des races mais accepte un compromis, sévère ; l’avocat qui obtient ce compromis avertit que c’est sa dernière intervention, le policier donne des conseils menaçants. Se croyant suivi par une voiture alors qu’il rentre chez lui, Loving s’arme. Mais il ne se passe rien.
La mère de Loving accouche blanches et noires mais reproche à son fils d’avoir bafoué la loi ; un beau-frère, noir, lui montre sa position en porte-à-faux de blanc, bien intégré parmi les noirs, qui travaille chez les blancs… Les avocats de la cause, comme les journalistes favorables, sont aussi ambigus.
Mais, tout finit bien, devant la Cour suprême, pour ce couple qui ne veut pas faire l’Histoire mais seulement vivre.
Le montage est assez rapide, soutient le rythme de l’histoire avec des transitions superposant l’image avec les dialogues de la scène suivante ce qui rend les enchaînements plus vivants.

« La fille inconnue » (1h53) de Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud et Louka Minnella.
Une très jeune médecin, très compétente, très consciencieuse, n’ouvre pas sa porte, quand la sonnette retentit, une heure après la fermeture de son cabinet. Une « jeune fille inconnue », noire, le paiera de sa vie. A partir de cette erreur et du sentiment de culpabilité qu’elle éprouve, elle va mener l’enquête pour retrouver l’identité de l’inconnue et lui donner une sépulture.
L’histoire se déroule dans un quartier populaire de Liège, pluriethnique. L’atmosphère est parfois tendue, la violence affleure. Dans cette histoire où il n’y a que des personnes imparfaites, par petites touches, les frères Dardenne nous font connaître le monde des gens simples et nous amène, sans cris, vers le dénouement.

« Forushande » (Le Client) d’Asghar Farhadi (2h05).
A Téhéran, un jeune couple du milieu du spectacle déménage car leur immeuble a de sérieux problèmes. Un ami leur trouve un nouvel appartement, autrefois habité par une prostituée.
On sonne à la porte, la jeune femme, croyant que son mari revient, ouvre. L’irréparable est commis : un homme est entré dans l’appartement. On ne saura pas ce qui s’est passé. Il n’y a pas de discussion entre le mari et la femme. Il n’est pas question de porter plainte et de faire ainsi de la publicité. Le mari va mener son enquête pour retrouver le « coupable ». L’humilier avec cruauté. Devant sa famille. Apparemment ouvert, moderne, il exprime par ses actes la violence des normes sociales qu’il a intégrées et qu’il doit appliquer.

Dans « Ma’ Rosa » (1h50) de Brillante Mendoza, c’est la classique violence sociale, ici aux Philippines. Une petite famille de commerçants complète ses revenus avec le commerce de la drogue. Sur probable dénonciation, ils sont embarqués par la police et n’obtiendront leur libération que contre la dénonciation de leur fournisseur et une somme d’argent pour convaincre les policiers. Les enfants arriveront à récolter cette somme, difficilement, auprès de membres de la famille : misère, corruption , trafic de drogue, solidarité familiale….

Fuchi Ni Tatsu (Harmonium, 1h58) de Koji Fukada.
Un artisan vit paisiblement, en famille, en banlieue. Jusqu’au jour où débarque un « ami », « yakusa », repris de justice qui est embauché, nourri, logé… L’ami sort d’un long séjour en prison à la suite d’une affaire dont l’artisan était le complice et qu’il n’a pas dénoncé. Cet ami agresse la fillette qui reste paralysée et s’enfuit… Des années plus tard, l’artisan embauche un jeune apprenti qui n’est que le fils de l’ami qui recherche son père… Ils partiront tous à la recherche… qui finira mal. Finalement, la mère se jettera avec sa fille dans le torrent.
L’angoisse, la violence viennent d’un passé caché.

« Agassi » (Mademoiselle, 2h25) de Chan-Wook Park.
Dans le contexte de la Corée colonisée par les Japonais, un jeune et ambitieux coréen se propose d’épouser une riche héritière japonaise, plus ou moins séquestrée par son oncle, libertaire, émule du « divin marquis ». Pour cela, il s’assure la complicité d’une jeune et belle coréenne qu’il fait embaucher au service de Mademoiselle…
Finalement, c’est lui qui sera trahi par les deux jeunes femmes. Ici, l’homosexualité féminine, interclassiste, l’emporte sur le machisme arriviste et anticolonialiste.

« Paterson » de Jim Jarmusch (1h55), avec Adam Driver et Golshifteh Farahani décrit la vie quotidienne d’un jeune couple étasunien, mixte, lui, chauffeur de bus, blanc, qui rêve d’être poète et écrit dans son carnet secret, elle qui rêve de réussite comme chanteuse et guitariste ou par la grâce de ses qualités de pâtissière, et leur chien qui aime aussi dévorer les poèmes de son maître.
Les jours de la semaine passent dans leur banalité, le jeune chauffeur écoute les histoires vraies ou fantasmées des passagers, va promener le chien et prendre sa bière au bistrot du coin, à la clientèle métissée, où se jouent les petits drames de la vie.

« Olli Mäki » (1h32) de Juho Kuosmanen.
Été 1962, Olli Mäki prétend au titre de champion du monde poids plume de boxe. Il ne lui reste qu’une marche à franchir pour connaître la gloire suprême. Pour cela, il doit se préparer intensément, perdre quelques kilos, se concentrer sur son entraînement, sur son combat. Mais, tombé amoureux, il a l’esprit ailleurs, néglige quelque peu les exigences sportives. Le combat du triomphe se termine, par KO à la deuxième manche. C’est le combat le plus court et le jour le plus beau. Car il repart avec la femme de sa vie.
Contraste entre le rêve américain du jeune couple Paterson dont les deux membres sont pleins d’ambitions. Et le jeune couple nordique à la recherche d’un bonheur simple, illustré par la dernière image où, quittant la capitale pour revenir chez eux, ils croisent un couple âgé. Symbole de la banalité d’un bonheur tranquille ?

Deux films roumains

La Roumanie n’est pas simplement un terrain de jeux pour entreprises allemandes en expansion. Régulièrement, des films roumains abordent, souvent de façon réussie, les questions qui se posent au pays.

« Sieranevada » de Cristi Puiu.

Toute la famille roumaine élargie est réunie pour la commémoration du décès du père, un an auparavant. C’est l’occasion d’un repas familial qui tarde à se mettre en place dans l’attente du pope qui doit venir bénir la cérémonie. C’est aussi l’occasion de la mise à jour de tous les conflits de la société roumaine, conflits familiaux ou politiques : complotisme, nostalgies contradictoires dans une société postcommuniste qui n’a rien réglé…
Encore un film un peu trop long (2h53), la cérémonie religieuse n’en finit pas (c’est un peu le ressort de l’histoire), la suppression d’une scène, en extérieur, non nécessaire (ennuis de stationnement) aurait pu alléger le film qui est sauvé par la description de la société roumaine et l’humour de l’auteur.

Baccalauréat (2h08) de Cristian Mungiu.
Dans une famille de la bonne société roumaine, père chirurgien de renom, honnête, la fille, élève brillante, est victime d’une agression à la veille du baccalauréat qui lui permettra de partir à Birmingham pour poursuivre ses études. Passer le bac avec le bras dans le plâtre est difficile. Le père décide de l’aider par ses relations comme il est de coutume en Roumanie. Finalement, elle aura son bac sans tricherie.
Vision très pessimiste, très réaliste, de la société roumaine où les parents regrettent d’être rentrés au pays et où les jeunes ne pensent qu’à partir. Dans une corruption généralisée.

Deux films remarquables

IKARIE XB 1 (1h 28) de Jindrich Polak, film de science-fiction tchécoslovaque de 1963, numérisé, a une importante postérité, notamment « 2001: l’Odyssée de l’espace » (1968) de Stanley Kubrick mais aussi pour des raisons techniques ou le scénario « La Guerre des étoiles (1977), « Alien » (1979) ou « Sunshine » (2007). Il a longtemps été connu en occident, trafiqué et doublé en anglais, sous le nom de « Voyage to the End of the Universe », avec une fin qui le dénaturait complètement.
La version, restaurée, projetée à Cannes permet de voir le film dans sa forme originale.

Le film raconte l’aventure d’un vaisseau spatial, parti en 2163, à la recherche de la vie, de la société idéale, bien au delà du système solaire. Ce film, optimiste dans la veine réaliste – socialiste, va rencontrer quelques difficultés, notamment une épave spatiale que deux astronautes vont visiter et où ils ne trouveront que les cadavres des criminels du XX ème siècle responsables de Hiroshima, Nagasaki, Ouradour, les camps d extermination. En plus la navette a une charge nucléaire qui la fait exploser entraînant la mort de nos deux astronautes.
L’expédition rencontrera une autre difficulté naturelle mais imprévue dont ils sortiront grâce à leur décision humaine contre l’avis des robots qui guident le véhicule et, finalement, avec la protection des habitants de l’heureuse « planète blanche » que nous ne verrons pas.

Et la femme créa Hollywood (52 mn) de Clara Kupperberg et Julia Kupperberg. Ce film montre que, dans les 30 premières années du cinéma, à Hollywood, les films étaient faits essentiellement par des femmes : du scénario à la réalisation en passant par le montage (normal, les femmes sont couturières)…
Petit à petit, le cinéma est devenu plus « professionnel » et les travailleurs du cinéma mieux payés. Alors les hommes ont commencé à arriver et le syndicat… Progressivement les femmes ont été et éliminées du métier mais aussi de l’histoire du cinéma. Quelques unes ont surnagé comme Lillian Gisch, actrice, ou, plus rarement, comme productrices, distributrices. C’est ainsi que la société United Artists, connue en français sous le nom de sa filiale Les Artistes associés, société de distribution puis de production, a été fondée en 1919 par Charlie Chaplin, Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D.W.Griffith…

Ce film, déjà diffusé à a télévision en mai et juin, sera visible à nouveau, le dimanche 21 août 2016 sur la chaîne télévisée OCS Géants

Les sœurs Kupperberg travaillent à une série télévisée sur la question.

Autres films vus

« Julietta » de Pedro Almodovar, « Un homme et une femme » de Claude Lelouch 1966, « Voyage au Groenland » de Sébastien Betbeder, « Voir du pays » de Delphine Coulin et Muriel Coulin, « Le cancre » de Paul Vecchiali, « La larga noche » de Francisco Santiago, « The Neon Demon » de Nicolas Winding Refn, « Mal de pierres » de Nicole Garcia, « Elle » de Paul Verhoeven, « Isola » de Fabianny Deschamps, « Goksung » de Na Hong Jin.

Post scriptum : « L’effet aquatique »

Film projeté à Cannes et actuellement dans les salles, à voir absolument : « L’effet aquatique », un très beau film (1h23), français-islandais, de Solveig Anspach qui montre que l’Islande n’a pas seulement une bonne équipe de footballeurs avec des supporteurs…

SICARIO – TOUCH OF EVIL : La soif de punir

« Touch of Evil » (1) d’Orson Welles et « Sicario » (2) de Denis Villeneuve pourraient avoir le même titre ou sous-titre, « la soif de punir ». En effet, c’est la motivation du héros principal de ces deux films, le premier sorti en 1958, le second en 2015.
Dans « Touch of evil » (La soif du mal), tourné en noir et blanc, Quinlan (Orson Welles) qui n’a pu faire condamner celui qui a étranglé sa femme, va consacrer sa vie, en tant que policier, à traquer des assassins, à les faire condamner en fabriquant les pièces à conviction si nécessaire. Sans profiter de sa situation pour amasser une fortune.

Dans « Sicario », (qui veut dire « tueur à gages »), tourné en couleur, Alejandro (Benicio del Toro), ancien procureur mexicain, est guidé par sa volonté de tuer le chef des narco-trafiquants qui a fait décapiter son épouse et jeter sa fille dans une cuve d’acide.

Le premier est un film policier, un film noir, dont quelques règles sont détournées, où le policier utilise sa fonction pour assouvir, à tout prix, sa soif de punir. Dans le second, le « sicario » se met au service de la machine de guerre étasunienne contre les cartels pour arriver à son but.

Les histoires se passent dans une ville frontière, États-Unis – Mexique, « Touch of evil » à Los Robles, petite ville frontalière imaginaire (tourné à Venice, en Californie) et « Sicario » à Ciudad Juarez (tourné en réalité au Nouveau-Mexique, au Texas…)

Dès les premières minutes de « Touch of evil », tout est dit. Première image du film, deux mains anonymes règlent la minuterie d’une bombe de dynamite. Apparaît au loin, un couple qui se dirige vers la voiture dans laquelle la bombe vient d’être déposée. Ce couple, cette voiture vont être suivis, de haut, à la grue, qui montre leur insignifiance, leur condamnation. Dans une longue séquence, au fur et à mesure que la voiture avance dans la rue, au milieu d’un troupeau, de passants, d’agents de la circulation, angoisse pour le spectateur « qui sait », la caméra se rapproche d’eux pour en faire, quelques instants, de banals êtres humains qui passent la frontière… Le personnage remarqué est alors Miguel Vargas (Charlton Heston), reconnu parce qu’il a fait arrêter, récemment, un chef local de trafiquants de drogue.

La voiture explose déchiquetant son richissime propriétaire et sa jeune compagne. Tout le monde s’agite, en attendant l’arrivée de l’inspecteur-qui-résout-tous-les-problèmes grâce à sa jambe malade, source de ses fructueuses intuitions.
Quinlan sort de sa voiture, filmé en contre-plongée et gros plan, énorme, obèse, mal rasé, un gros cigare à la bouche, boitillant, avec une cane.. C’est, à l’évidence, le personnage central. Vargas est alors en recul, il veut éviter l’incident diplomatique, la bombe ayant été déposée dans la voiture en territoire mexicain.

Plongées et contre-plongées sont utilisées à plusieurs reprises pour ponctuer le rapport de forces entre les personnages. Au moment de l’affrontement Quinlan-Vargas, tous deux seront dans la même image, en contre-plongée. Indiquant le basculement du film.

Taylor Sheridan, le scénariste de « Sicario » a déclaré : « Ce qui faisait le charme de la zone frontalière, la rencontre et le mélange des cultures, a complètement disparu. J’ai réalisé que le Mexique, ce pays où l’on pouvait se rendre tranquillement en voiture, n’existe plus aujourd’hui. C’est devenu un endroit sans foi ni loi. Il n’existait aucun film sur la manière dont la vie a changé dans le nord du Mexique, sur la façon dont la drogue et la corruption gouvernent tout désormais, et sur l’évolution des cartels qui sont devenus des groupes militarisés. Pas un seul film ne parlait de cela, ni de la façon dont la grosse machine qu’est le gouvernement américain traite ces problèmes qui débordent de son côté de la frontière. » (3).

« Sicario » tient la promesse du scénariste. Pas de main morte. Les moyens n’ont pas manqué. Le prologue est une intervention très violente de la police étasunienne qui attaque un foyer de narco-trafiquants où est découverte, emmurée, une galerie de cadavres, clandestins qui voulaient traverser la frontière ou victimes des conflits entre bandes de trafiquants. Cela nous permet de faire la connaissance de Kate Macer (Emily Blunt) qui va être sélectionnée-volontaire avec son comparse et accompagner une expédition musclée du FBI pour décapiter un cartel de la drogue. Plus tard, on verra des cadavres pendus, décapités…

En quelques images tout est dit. La violence, la sélection par de « hautes autorités », celles qui déplacent les limites et ferment les yeux, la préparation de cette expédition, la frontière, le barrage, filmé d’avion ou d’hélicoptère mais de près, qui s’étend sur des kilomètres, édifiée pour empêcher l’immigration sud américaine aux États-Unis, dans un milieu désertique.

Tout ceci correspond bien aux intentions du scénariste. Encore plus quand on voit la frontière à échelle humaine du film d’Orson Welles : poste-frontière bon enfant qu’on passe à pied ou en voiture pour aller prendre un verre ou faire une virée de l’autre côté, où le policier discute avec la personnalité devenue célèbre pour avoir arrêté le chef des trafiquants locaux de drogue… « 1 400 km de frontière sans une mitraillette », dit Vargas à son épouse étasunienne.

Dans les deux cas, la frontière sera franchie à plusieurs reprises risquant de perdre un peu le spectateur. Mais dans « Sicario », c’est seulement la force d’intervention qui fait des incursions, illégales, dans le territoire mexicain.
Car l’acteur le plus important, c’est la machine de guerre des États-Unis qui, avec la complicité de haut niveau au Mexique, affronte un cartel de la drogue et cherche à rétablir un certain ordre, par tous les moyens, dans la confrontation avec les trafiquants. Et Alejandro le sait qui se met au service de cette machine pour atteindre son but.

La même question éthique est posée dans les deux films mais à des niveaux très différents. Dans « Touch », il s’agit d’une confrontation d’homme à homme, entre Quinlan, l’Étasunien, aux méthodes peu orthodoxes et Vargas, le Mexicain, qui se bat pour le respect de la loi même quand il s’agit d’éventuels assassins. Dans « Sicario », le combat est entre la machine de guerre du FBI et deux représentant de la CIA, une femme et un Noir, chargés de contrôler la légalité de l’opération, montée par des durs, qui vont les berner malgré leur courage, leur compétence…

Finalement, l’opération réussit et Alejandro exécute le Parrain, sa femme et ses enfants. Mais Kate refuse de signer la caution qu’il lui présente sous la menace d’un revolver. Alejandro essuie une larme sur la joue de Kate, il pense à sa fille assassinée, renonce à la caution et se retire après avoir démonté et jeté son arme. Son combat est terminé. Kate le voit partir par la fenêtre, pointe son arme, Alejandro se retourne. Elle baisse son arme. Alejandro le lui a dit, elle n’est pas faite pour vivre das ce pays de loups.

Dans « Touch », le but est aussi atteint. Le suspect, désigné par Quinlan, grâce à son intuition douloureuse, est l’assassin, confondu non par la fausse preuve fabriquée par Quinlan mais par l’aveu du coupable.

Le « film noir » d’Orson Welles ne respecte pas toutes les conventions du genre. Si Quinlan est conduit à sa perte, c’est parce qu’il veut faire la loi en passant outre à la loi, c’est parce qu’il trouve sur sa route, un policier qui veut faire respecter la loi même face aux criminels. Comble, un policier mexicain ! Mais qui, lui aussi n’est pas au dessus de tout soupçon car il se comporte en mari et non en policier respectueux de la loi quand sa femme est séquestrée, il utilise des armes qui lui répugnent, enregistrant les aveux sollicités de Quinlan à son second et plus ancien ami.

Les aveux enregistrés, Vargas retrouve sa femme. Ils peuvent partir donnant un faux « happy end » au film. Quinlan, tué par son second qu’il a berné toute la vie, s’enfonce dans des ordures et des résidus des puits de pétrole (écologie avant la lettre ?) discrètement omni-présents dans le film.

Quinlan n’est pas victime d’une « femme fatale » : la très belle Tanya (Marlène Dietrich) n’est qu’une vieille amie dont les cartes annoncent le destin de Quinlan et qui prononce une éloge funèbre qu’elle gomme immédiatement : « a lousy cop… He was some kind of a man… What does it matter what you say about people ?  ».

Dans ces films frontaliers, un rôle important est donné à deux Mexicains, l’honnête Vargas et Alejandro, le justicier sans pitié, qui montre, malgré tout, une certaine sensibilité. Mais cela n’empêche pas Quinlan, en toute mauvaise foi d’afficher un certain mépris pour cet étranger, ce juge mexicain prêt à innocenter un des siens par solidarité… Ce qui n’est pas le cas dans « Sicario » où joue l’estime réciproque des gens qui sont là pour tuer sans scrupule. Et torturer après avoir débranché la caméra sensée enregistrer l’interrogatoire. Même si quelques personnages secondaires sont un peu ridicules (Oncle Joe mais aussi l’adjoint de Quinlan).

Ici, le racisme discret est plutôt pour l’adjoint de Kate, « tu n’as pas peur du noir » (obscurité) et Kate qui lui dit qu’il est le seul à la voir en « soutif ». Et le sexisme ? Naïve, elle se jette dans les bras d’un narco mais Alejandro la tire de ce mauvais pas.

Quant a la situation sociale du pays, c’est essentiellement dans « Sicario » qu’elle apparaît par quelques touches. L’état des routes chaotiques, qui répond aux moutons dans les rue de « Touch », les entrées illégales aux États-Unis, on voit des clandestins rassemblés pour les besoins de l’enquête., la corruption de la police mexicaine.
Une anecdote du film montre l’étendue du désastre : un policier mexicain complice du cartel est abattu, il ne pourra plus accompagner son fils au football, c’est donc la mère qui le fait. On assiste à une partie du match, ce ne sont que des femmes autour de terrain, qui ont accompagné leurs enfants. Et tout à coup, on entend, au loin, une fusillade. Le match se suspend. La tête tournée vers là bas…

Ces deux films donnent à voir l’évolution de notre monde, cinématographique et politique à cinquante années d’intervalle..

1 – Touch of evil (1958) onzième long métrage d’Orson Welles (43 ans à la sortie du film). Dans sa version de 1998, en DVD.

2Sicario (2015) septième long métrage de Denis Villeneuve (48 ans à la sortie du film), actuellement dans les salles à Paris.
– 3 –
http://www.allocine.fr/film/fichefilm-228114/secrets-tournage/
4 – « un sale flic… un sacré bonhomme… qu’importe ce qu’on dit des gens ? » (traduction très libre et incertaine de P.O.)

BandeS à part

 Chacun sa vie (1), Chante ton bac d’abord (2), Bande de filles (3), trois films récents dans les salles parisiennes qui s’intéressent à des jeunes dans leur milieu, leur famille notamment. A travers une histoire particulière, des situations très différentes de la jeunesse française.

Modification 23/11/14 : (Un autre sorti ces jours-ci, Géronimo (4), parle des jeunes)

Une Bande de filles, noires, de la banlieue de Paris, pleines de vie, aguerries qui pratiquent le football américain. Mais au retour dans le quartier, les choses sont un peu différentes sous la présence dominante des jeunes mâles.
L’héroïne du film, en situation d’échec scolaire, refuse l’orientation qui lui est proposée.

Dans une famille, sans père, avec une mère à peine aperçue, elle est totalement soumise au frère aîné, autoritaire, brutal, machiste, et doit s’occuper des deux cadets de la fratrie.

Elle va être la quatrième d’un groupe de filles dont elle devient l’élément principal. A la suite d’un combat, violent, contre la représentante d’un autre groupe.
Décidée à appliquer le conseil de celle qui l’a recrutée, faire ce dont elle a envie, elle fait le pas d’aller chez sont petit ami. Ce qui va lui valoir un traitement violent de la part de son frère qui ne peut supporter d’avoir une sœur qui « couche ».

Pour quitter la maison, elle accepte la protection d’un caïd de banlieue qui l’utilise comme « revendeuse » de drogue, en attendant un « mieux ». Qu’elle refuse.

Coincée entre ce « protecteur », un frère machiste et un amoureux qui lui offre de devenir une bonne épouse docile et attentive. Elle se cabre et repart, décidée, seule, vers un avenir flou.

Le film se déroule exclusivement, dans le quartier, avec quelques sorties à la Défense, entre jeunes, seule la mère est aperçue à deux brèves reprises, garçons et filles, noirs, en dehors des contacts nécessaires avec les clients blancs à qui elle fournit la drogue et la diversité des petits caïds.

Le milieu de « Chante ton bac d’abord » est totalement ailleurs. A Boulogne, une jeune raconte la vie de son groupe, blanc exclusivement, à majorité féminin. C’est l’année du bac que tous, ou presque, vont réussir : un seul échec, deux mentions. Leur famille, unie ou non, est très attentive à leur réussite scolaire. C’est le récit d’une année décisive, avec conflit, plutôt joyeux et chanté, entre des parents inquiets devant la situation économique et qui cherchent à orienter leurs enfants vers des débouchés professionnels et des jeunes qui aspirent à se réaliser dans leur réussite scolaire et professionnelle. Ici ou ailleurs, l’Australie, l’Angleterre.
Une certaine nostalgie, amicale, familiale. Un pas optimiste vers l’avenir. Une coupure. Une aventure.

La question centrale de « Chacun sa vie » n’est pas un groupe de jeunes. Mais celle d’un travailleur algérien qui, arrivé à la retraite, ne pense qu’à réaliser son rêve de retour au pays. Cette décision personnelle est douloureuse pour toute la famille, ses enfants, un garçon et deux filles, qui sont nés ici et ne peuvent envisager leur avenir qu’ici. Qui ont l’age de faire entendre leur voix. Et l’épouse qui, jusque là, a accepté de se soumettre, va prendre le parti de ses enfants. La tentative de retour au pays du père, seul, ne sera que désillusions.
Ce film se déroule en Île de France dans une famille algérienne qui n’est pas complètement fermée sur elle-même. Si le meilleur ami du père est un Algérien qui l’a accueilli lors de son arrivée à Paris, ce n’est pas le cas de ses collègues de travail dont le plus proche le chambre amicalement sur ses choix, sur ses difficultés. La mère discute avec son amie de leurs problèmes de couple, bien proches malgré les différences culturelles.
Quant aux enfants, malgré l’amour qu’ils ont pour leur père, ils revendiquent leur droit à la décision collective.Et au choix personnel. Le garçon,toujours à charge de son père,vit de petits trafics mais ne voit son avenir qu’ici ; la fille aînée qui a été mariée par le père avec son cousin, maintenant divorcée, part à trente ans rejoindre une amie pour travailler à Marseille sans le dire au père ;la cadette,la fierté de ses parents, voit son avenir dans une carrière de musicienne.

Rien n’est rose, rien n’est noir. Tout est encore possible. Mais chacun, chacune voit sa vie qui ne correspond pas aux rêves brisés du père.

Trois films, trois mondes, éloignés, géographiquement, socialement, culturellement. Trois mondes séparés.
Dans des situations plus ou moins difficiles, quelquefois impossibles. Des jeunes refusent la voie toute tracée par la nécessité ou conseillée par la sagesse familiale ou le rêve dépassé d’un père. Relativement favorisés ou plus ou moins handicapés par le contexte social ou familial.
Chacun est en recherche. Avec la volonté, à chaque fois, de choisir sa vie.

( Avec Geronimo, c’est encore un monde de jeunes mais bien différent des 3 précédents. Le jour de son mariage, la jeune mariée, turque, dans sa belle robe blanche, s’enfuie à toutes jambes pour retrouver son amoureux, un gitan, et tous deux s’enfuient  sur un vélomoteur.

Dans la banlieue d’une ville du sud de la France, C’est le drame de Roméo et Juliette, de West side story, entre les deux familles, deux clans se défient dans la danse, s’affrontent avec des armes, tandis que Geronimo, la belle éducatrice catalane, blonde aux yeux bleus, qui connaît ce monde depuis toujours, s’occupe des petits et essaie d’éviter le drame d’honneur.

Rêve de vie  amoureuse, libre de deux jeunes malgré la tyrannie de la tradition qu’un frère voudrait leur imposer sous les yeux des plus vieux prêts à oublier.

NB : l’accent des protagonistes n’est en rien celui du sud de la France).

 

1– Chacun sa vie, 2013 – 1h30, Algérie-France, couleur,de Ali Ghanem

2 –Chante ton bac d’abord,2013 – 1h22, France, couleur, de David André

3 –Bande de filles, 2014 – 1h52, France, couleur, de Céline Schiamma

4 – Geronimo, 2014, – 1h44, France, couleur, de Tony Gatlif

 

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L’ordinateur capricieux ayant choisi quelques images pour illustrer le rapide compte-rendu de « notre » festival de Venise. Voici quelques vues supplémentaires.

Le Festival se déroule au Lido de Venise auquel on peut accéder par vaporetto. Il faut ensuite se rendre au palais du Festival à pied (30 à 45 mn), en bus ou à bicyclette qui sont assez nombreuses devant le palais du Festival.

CIMG5791Les personnalités préfèrent s’y rendre, bien sûr, par les canaux et débarquer aux pieds de l’Excelsior.

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Hôtel Excelsior

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CIMG5769 De là, elles peuvent se rendre au Palais du Festival situé à quelques centaines de mètres, en voiture, et être déposées directement sur le tapis rouge où elles sont attendues

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De jour…

CIMG5865 … quelquefois par beaucoup de monde…

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CIMG5834CIMG5851 ou de nuit…

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CIMG5886Et si on est trop petit ou trop loin pour voir, on peut regarder à l’écran

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CIMG5888Lech WALESA

Tinto BRASSTinto BRASS

.Certains veulent aussi voir ou  montrer  des films à l’ombre du fameux Lion…

CIMG5780 CIMG5781CIMG5882Abdellah TAÏA, metteur en scène de « L’Armée du salut »…

CIMG5874 MATEO OLEOTTO, réalisateur de ZORAN, IL MIO NEPOTE SCEMO

D’autres  pour se montrer dans la rue

CIMG5821 CIMG5844 CIMG5855  et même pour promener son chien à bicyclette…

CIMG5883 La rue, par les affiches, parle aussi du cinéma et de films qui sont présentés en concours ou non…

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Le Lido de Venise s’étend sur des kilomètres de plages qu’on trouve au pied du Palais du Festival et de l’Hôtel Excelsior…

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La plupart des plages sont privées….

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Et certains prennent le soleil, un peu loin de la mer, entre 2 rangées de cabines. Mais qu’importe, il y a le sable et le soleil…

CIMG5845Ce n’est pourtant pas la place qui manque….

CIMG5906 CIMG5907 CIMG5910 On peut aussi aller faire une petite promenade à Venise. Voici donc, en marge du festival, quelques photos pour les amoureux de Venise. Au hasard d’un après-midi, photos sans prétention… Peut-on encore photographier Venise quand des millions de photos ont été faites. Mais Venise est si belle… que la photo du presse-bouton d’occasion est toujours belle, que la photographie oblige l’amateur amoureux à s’arrêter un instant pour regarder ce qu’il aurait vu simplement en passant. Que photographier ? Les palais sur les bords du Grand Canal ? Mais tout autant, ce petit pont qui permet d’aboutir à un autre pont, à une autre canal, à des maisons aux couleurs qui s’effacent magnifiquement, à d’autre ponts et d’autres canaux… on peut se perdre indéfiniment dans la ville en restant dans une beauté vieillie ? Décadente ? Omniprésente. Avant de mourir, marcher au hasard, s’égarer à Venise….

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CIMG5933  Le Rialto, pour ne pas vous décevoir….

CIMG5938et un peu de la Place Saint Marc

CIMG5940    … avec gondoliers, touristes et pigeons…

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